Thèbes aux cent portes
Où sont les cent portes chantées par Homère ? L’arrivée des savants dans la plus célèbre cité de l’Égypte.

Dans les textes de la Description
L’arrivée à Thèbes est d’abord un vertige. « Pour faire passer dans l’ame du lecteur tous les sentimens dont on est d’abord agité en arrivant dans un lieu qui rappelle tant de souvenirs, il faudrait pouvoir peindre cette curiosité inquiète, qui, dans son ardeur, veut embrasser tous les objets à-la-fois. » Les questions affluent : « Où sont les cent portes chantées par Homère, et par chacune desquelles sortaient deux cents chariots armés en guerre ? Environné de toutes parts de magnifiques ruines, on s’abandonne facilement aux illusions, et toutes ces exagérations poétiques paraissent prendre de la réalité. »
L’émotion ne touche pas que les savants. « C’est ainsi que nous avons vu les soldats, frappés d’abord d’un étonnement général à la vue de ces masses imposantes, se livrer bientôt avec ardeur à la recherche des plus petits ornemens qui les décorent. »
Les deux ingénieurs s’installent sur la rive ouest, à el-Aqâlteh, et partent chaque matin au lever du soleil, « soutenus par l’enthousiasme que nous inspirait la vue des ruines ». Leur ambition est assumée : « c’était une véritable conquête que nous allions essayer au nom des arts. »
Puis ils traversent le fleuve vers Louxor, et le paysage devient tableau : « Des îles toutes brillantes de végétation et de verdure ; un beau fleuve roulant avec rapidité ses eaux fécondantes, animé par le mouvement de barques à grandes voiles triangulaires […] des fellâh plongés dans le Nil, et traînant à la nage des filets remplis de pastèques […] telle est la faible esquisse de l’un des plus beaux spectacles dont l’homme puisse jouir. »
Au milieu des ruines, l’imagination reconstruit tout : « Un spectacle si extraordinaire paraît être moins une réalité que le produit d’une imagination disposée à s’environner d’objets d’une grandeur fantastique. Au milieu de ces belles ruines, le voyageur est frappé d’abord de la solitude qui l’entoure ; mais bientôt des souvenirs sans nombre se présentent en foule à sa pensée. Tout alors s’anime autour de lui. »
Thèbes reçoit même une fête républicaine. « Une des fêtes les plus importantes de notre patrie fut célébrée sur les ruines de la plus ancienne des cités ; c’est alors qu’un général habile harangua les troupes au milieu du plus vaste des palais de Thèbes : alors se renouvelèrent des cris de victoire et d’allégresse ; et ces ruines, depuis si long-temps vouées au silence, retentirent du bruit soudain de ces foudres de bronze qui jamais ne s’étaient fait entendre dans leur enceinte. »
Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, « Description générale de Thèbes », introduction (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
Thèbes, Ouaset pour les Égyptiens, fut la capitale religieuse et souvent politique de l’Égypte pendant le Moyen et surtout le Nouvel Empire (vers 1550-1070 av. J.-C.), la cité d’Amon, roi des dieux. Les « cent portes » d’Homère, citées dans l’*Iliade*, désignent sans doute les nombreux pylônes de ses temples plutôt que des portes de remparts : la ville n’avait pas de grande enceinte.
La rive est, celle des vivants, porte les temples de Karnak et de Louxor ; la rive ouest, du côté du soleil couchant, celle des morts, accueille les temples funéraires des rois et les nécropoles creusées dans la montagne. Le site, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 sous le nom de « Thèbes antique et sa nécropole », est souvent décrit comme le plus grand musée à ciel ouvert du monde.
L’émotion des soldats est confirmée par Vivant Denon, qui raconte qu’en janvier 1799 la division de Desaix, découvrant Thèbes, s’arrêta d’elle-même et applaudit. La ville moderne de Louxor, environ un demi-million d’habitants, s’est développée autour du temple ; le village d’el-Aqâlteh et ceux de la rive ouest ont largement été réaménagés. En 2021, la réouverture de l’allée des sphinx entre Karnak et Louxor a été célébrée par une grande parade nocturne, fête moderne qui fait écho à celle de 1799.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, « Description générale de Thèbes », introduction (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 1.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.