La Vallée des Rois à la bougie
Dans la vallée des tombeaux des rois, les savants dessinent les décors à la lueur des bougies.

Dans les textes de la Description
On y entre par une gorge. « Pour se rendre aux tombeaux des rois, il faut quitter la plaine du Nil et s’enfoncer dans les gorges de la montagne libyque. » Le chemin s’enroule sur lui-même, toujours plus étroit, jusqu’à une vallée fermée : Costaz devine qu’elle formait « autrefois un bassin isolé, où l’on ne parvenait qu’en gravissant des montagnes escarpées ; et peut-être ce fut cet isolement qui donna l’idée d’y placer les sépultures royales ».
Le lieu est hostile. « Aucune trace de végétation ne se fait apercevoir dans ce lieu solitaire […] on est comme dans une fournaise ; on respire un air embrasé : toutes les fonctions de la vie languissent et sont au moment de s’éteindre. Deux hommes qui faisaient partie de l’escorte du général Desaix, lorsqu’il visita les tombeaux des rois, le 2 septembre 1799, y moururent d’étouffement. »
Strabon connaissait onze tombes. Les savants en ajoutent une : « nous en connaissons aujourd’hui une douzième dont l’existence a été ignorée de Strabon », découverte dans une vallée voisine par Jollois et Devilliers.
Dans la plus visitée, la salle sépulcrale garde une immense cuve de granit rose : « ses dimensions sont telles, qu’un homme debout dans l’intérieur est à peine aperçu de ceux qui sont au dehors ; un coup de marteau la fait résonner à la manière des cloches, et en tire des sons que les parois de la grotte et ses longues voûtes répètent sur un ton lugubre. »
Et partout, les images. « Lorsqu’à la faible lueur de quelques bougies on parcourt ces longues enfilades de pièces spacieuses et sombres, on ne peut se défendre d’une sorte d’étonnement religieux ; on est stupéfait de la quantité prodigieuse de sculptures et de peintures dont on est environné ; tout en est couvert, les murs, les plafonds, les piliers, et jusqu’aux moindres réduits : à chaque pas, on découvre des sujets extraordinaires, énigmatiques, et les représentations les plus bizarres. » L’étonnement redouble quand on voit que ces peintures « reposent sur un frêle enduit de plâtre ».
Costaz conclut sur une confidence. Après vingt-quatre jours à Thèbes, il se croyait blaé : « la vue de tant de merveilles m’avait comme blasé ; j’en étais rassasié, je me sentais las d’admirer. […] Le premier coup d’œil que je jetai sur les tombeaux des rois, suffit pour me détromper : j’éprouvai une sorte de saisissement ; mon ame fut vivement ébranlée ; ma curiosité, prête à s’éteindre, se ranima et reprit son ardeur première. »
Description de l’Égypte (1809-1829), T. III, chap. IX, sect. XI, « Description des tombeaux des rois » (Costaz).
Deux siècles plus tard
La Vallée des Rois a servi de nécropole royale de Thoutmosis Ier à Ramsès XI, soit d’environ 1500 à 1070 av. J.-C. On y compte aujourd’hui plus de soixante tombes numérotées (KV, *Kings’ Valley*), de la KV1 à la KV64. Leurs parois portent les grands livres funéraires, comme le Livre de l’Amdouat ou le Livre des Portes, qui décrivent le voyage nocturne du soleil, d’où l’étrangeté de ces représentations.
La « douzième tombe » découverte par Jollois et Devilliers est la WV22, celle d’Amenhôtep III, dans la vallée de l’Ouest. Le XIXe siècle a ensuite révélé la tombe de Séthi Ier (Belzoni, 1817), le XXe celle de Toutânkhamon, KV62, ouverte par Howard Carter en 1922, la seule retrouvée presque intacte. En 1995, l’Américain Kent Weeks a redécouvert la KV5, immense tombe collective des fils de Ramsès II, et en 2025 la tombe de Thoutmosis II a été identifiée dans les vallées de l’Ouest.
La chaleur décrite par Costaz n’a pas changé, mais les tombes sont éclairées, ventilées et ouvertes par rotation. Pour protéger les originaux, des répliques à l’identique ont été réalisées par numérisation, comme le fac-similé de la tombe de Toutânkhamon installé près de la maison de Carter.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. III, chap. IX, sect. XI, « Description des tombeaux des rois » (Costaz).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 77.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.