Le tombeau d’Osymandyas (Ramesseum)

Le tombeau d’Osymandyas décrit par Diodore : les savants le retrouvent au Ramesseum.

Le péristyle du Ramesseum et les débris du colosse.
Le péristyle du Ramesseum et les débris du colosse. Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 25. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

De toutes les ruines de Thèbes, celles-ci sont peut-être « les plus pittoresques ». On y distingue « les pylônes, les colonnes et les piliers cariatides qui sont encore debout, d’énormes débris de statues colossales ».

Dans la première cour, un spectacle de cataclysme : « Cette cour est remplie de tant de débris de granit, qu’on se croit transporté au milieu d’une carrière ; ils sont épars dans un rayon de plus de vingt mètres : ce sont les restes d’un colosse énorme, dont on ne trouve plus réunis que la tête, la poitrine, et les bras jusqu’au coude. » Les ingénieurs le mesurent : assis, il devait atteindre « dix-sept mètres et demi de hauteur » et peser « plus de deux millions de livres ». Il vient des carrières de Syène, à « quarante-cinq lieues » ; ils imaginent qu’on l’a soulevé sur un radeau qu’on délestait peu à peu.

Sur le pylône, une bataille : « l’infanterie s’avance en ordre de bataille ; à sa tête est un chef d’une stature colossale, monté dans un char » ; plus loin, les bagages de l’armée, « chargés sur des ânes », attaqués par l’ennemi. Dans le péristyle, une autre tête colossale de granit rose, « de la plus parfaite conservation ».

C’est Diodore qui donne la clé, d’après Hécatée. Il décrit le tombeau du roi Osymandyas, son pylône, son péristyle au plafond « parsemé d’étoiles sur un fond bleu », et une statue géante portant cette inscription : « Je suis Osymandyas, roi des rois. Si quelqu’un veut savoir quel je suis et où je repose, qu’il détruise quelques-uns de mes ouvrages. » Plus loin, une guerre contre les révoltés de Bactriane, menée par quatre corps d’armée commandés par les fils du roi, et une bibliothèque sacrée portant l’inscription : « remèdes de l’âme ».

Les ingénieurs comparent point par point et concluent : les ruines qu’ils ont sous les yeux sont le tombeau décrit par Diodore. Le colosse brisé est la statue d’Osymandyas, et les bas-reliefs de bataille, la guerre contre les Bactriens.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. III, « Description du tombeau d’Osymandyas, désigné par quelques voyageurs sous le nom de Memnonium » (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

L’identification est juste. Le monument est le temple funéraire de Ramsès II (vers 1279-1213 av. J.-C.), que Champollion baptise « Ramesseum » en 1829. « Osymandyas » est la déformation grecque du nom de couronnement du roi, Ousermaatrê. Le colosse renversé, haut d’environ 19 m et pesant près de mille tonnes, est l’une des plus grandes statues de pierre jamais taillées en Égypte.

La bataille contre les « Bactriens » est la bataille de Qadech (vers 1274 av. J.-C.) contre les Hittites, que Ramsès fit représenter sur plusieurs temples. La « bibliothèque » correspond sans doute à une « maison de vie » ; en 1896, un lot de papyrus littéraires et médicaux, les papyrus du Ramesseum, a d’ailleurs été trouvé dans une tombe sous ses magasins.

La tête de granit rose bicolore « de la plus parfaite conservation » a une destinée célèbre. Les Français avaient tenté de l’emporter ; en 1816, Giovanni Battista Belzoni la fait descendre au Nil pour le consul britannique. Le « Jeune Memnon » arrive au British Museum en 1818, l’année où le poète Percy Bysshe Shelley publie son sonnet *Ozymandias*, inspiré de l’inscription rapportée par Diodore.

Depuis 1991, une mission franco-égyptienne dirigée par Christian Leblanc fouille et restaure le Ramesseum, y compris ses vastes magasins de brique et son école de scribes.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. III, « Description du tombeau d’Osymandyas, désigné par quelques voyageurs sous le nom de Memnonium » (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 25.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.