Le tombeau d’Osymandyas (Ramesseum)
Le tombeau d’Osymandyas décrit par Diodore : les savants le retrouvent au Ramesseum.

Dans les textes de la Description
De toutes les ruines de Thèbes, celles-ci sont peut-être « les plus pittoresques ». On y distingue « les pylônes, les colonnes et les piliers cariatides qui sont encore debout, d’énormes débris de statues colossales ».
Dans la première cour, un spectacle de cataclysme : « Cette cour est remplie de tant de débris de granit, qu’on se croit transporté au milieu d’une carrière ; ils sont épars dans un rayon de plus de vingt mètres : ce sont les restes d’un colosse énorme, dont on ne trouve plus réunis que la tête, la poitrine, et les bras jusqu’au coude. » Les ingénieurs le mesurent : assis, il devait atteindre « dix-sept mètres et demi de hauteur » et peser « plus de deux millions de livres ». Il vient des carrières de Syène, à « quarante-cinq lieues » ; ils imaginent qu’on l’a soulevé sur un radeau qu’on délestait peu à peu.
Sur le pylône, une bataille : « l’infanterie s’avance en ordre de bataille ; à sa tête est un chef d’une stature colossale, monté dans un char » ; plus loin, les bagages de l’armée, « chargés sur des ânes », attaqués par l’ennemi. Dans le péristyle, une autre tête colossale de granit rose, « de la plus parfaite conservation ».
C’est Diodore qui donne la clé, d’après Hécatée. Il décrit le tombeau du roi Osymandyas, son pylône, son péristyle au plafond « parsemé d’étoiles sur un fond bleu », et une statue géante portant cette inscription : « Je suis Osymandyas, roi des rois. Si quelqu’un veut savoir quel je suis et où je repose, qu’il détruise quelques-uns de mes ouvrages. » Plus loin, une guerre contre les révoltés de Bactriane, menée par quatre corps d’armée commandés par les fils du roi, et une bibliothèque sacrée portant l’inscription : « remèdes de l’âme ».
Les ingénieurs comparent point par point et concluent : les ruines qu’ils ont sous les yeux sont le tombeau décrit par Diodore. Le colosse brisé est la statue d’Osymandyas, et les bas-reliefs de bataille, la guerre contre les Bactriens.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. III, « Description du tombeau d’Osymandyas, désigné par quelques voyageurs sous le nom de Memnonium » (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
L’identification est juste. Le monument est le temple funéraire de Ramsès II (vers 1279-1213 av. J.-C.), que Champollion baptise « Ramesseum » en 1829. « Osymandyas » est la déformation grecque du nom de couronnement du roi, Ousermaatrê. Le colosse renversé, haut d’environ 19 m et pesant près de mille tonnes, est l’une des plus grandes statues de pierre jamais taillées en Égypte.
La bataille contre les « Bactriens » est la bataille de Qadech (vers 1274 av. J.-C.) contre les Hittites, que Ramsès fit représenter sur plusieurs temples. La « bibliothèque » correspond sans doute à une « maison de vie » ; en 1896, un lot de papyrus littéraires et médicaux, les papyrus du Ramesseum, a d’ailleurs été trouvé dans une tombe sous ses magasins.
La tête de granit rose bicolore « de la plus parfaite conservation » a une destinée célèbre. Les Français avaient tenté de l’emporter ; en 1816, Giovanni Battista Belzoni la fait descendre au Nil pour le consul britannique. Le « Jeune Memnon » arrive au British Museum en 1818, l’année où le poète Percy Bysshe Shelley publie son sonnet *Ozymandias*, inspiré de l’inscription rapportée par Diodore.
Depuis 1991, une mission franco-égyptienne dirigée par Christian Leblanc fouille et restaure le Ramesseum, y compris ses vastes magasins de brique et son école de scribes.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. III, « Description du tombeau d’Osymandyas, désigné par quelques voyageurs sous le nom de Memnonium » (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 25.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.