Deir el-Médina, les couleurs intactes
Un petit temple de la rive ouest dont les peintures ont gardé tout leur éclat.

Dans les textes de la Description
Caché dans un repli de la montagne, « par des mamelons détachés de la chaîne libyque, on trouve un petit temple qui paraît avoir été consacré à la déesse Isis », au milieu d’une enceinte de briques crues. Tout y est à petite échelle, mais rien n’y manque : une porte, un portique de quatre colonnes, trois sanctuaires « tout-à-fait pareille à celle des trois sanctuaires du grand temple de Philæ ».
Les proportions charment les ingénieurs. Le temple est deux fois plus long que large, une proportion qui « plaît singulièrement à l’œil, et produit toujours le plus heureux effet. On la retrouve souvent dans les plus anciens édifices des Grecs. » Le grès, « dont le ton jaune, modifié par une vive lumière, offre l’apparence de la blancheur », brille sous le soleil.
Sur un soupirail, ils repèrent un disque d’où partent des rayons sculptés : « La place où se trouve cet emblème, donne à croire que l’on a voulu figurer ici la lumière du soleil pénétrant dans le temple. »
Surtout, les couleurs. « Tout ce petit temple est couvert de sculptures d’une exécution fine et délicate, revêtues des peintures les plus éclatantes ; il est d’une conservation parfaite, et peut donner une idée exacte de l’art avec lequel les Égyptiens employaient les couleurs. » Les savants s’attendaient à une « bigarrure » ; ils découvrent une harmonie.
Un tableau les retient. Un défunt, conduit par une déesse, s’avance vers un dieu ; derrière, « une balance que mettent en équilibre deux hommes, dont l’un a un masque à tête d’épervier, et l’autre un masque à tête de chacal ». Ils le reconnaissent : « Cette sculpture est évidemment relative au jugement des morts dans les enfers. […] C’est avec la balance que se fait la pesée de ses bonnes et de ses mauvaises actions, dont le dieu Thot écrit le résultat en présence d’Osiris. »
Et ils remontent aux sources de la mythologie grecque : « Comment, en effet, ne point reconnaître dans l’Osiris que l’on voit ici, le type original de ce Minos que les Grecs nous montrent remplissant, armé d’un sceptre d’or, les fonctions de juge dans le séjour des morts ? » Le monstre devant Osiris leur rappelle Cerbère, et Thot, le Mercure qui conduit les âmes.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. IV, « Description du temple de l’ouest, ou du temple d’Isis » (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
Le temple n’est pas dédié à Isis mais à Hathor et à Maat, déesse de l’ordre et de la vérité. Il a été construit à l’époque ptolémaïque, de Ptolémée IV à Ptolémée VIII (fin du IIIe et IIe siècle av. J.-C.). Converti plus tard en monastère copte, il a donné son nom au lieu : Deir el-Médina, « le couvent de la ville ».
La scène de la pesée est bien le jugement de l’âme du chapitre 125 du Livre des Morts : le cœur du défunt est pesé contre la plume de Maat, Thot note le résultat, et le monstre Ammit attend de dévorer les coupables. La filiation directe avec Minos et Cerbère est aujourd’hui jugée trop rapide, mais l’idée d’un jugement après la mort est bien l’un des grands apports de la pensée égyptienne.
La « ville » qui a donné son nom au couvent était encore enfouie en 1799. C’était le village des artisans qui creusaient et décoraient les tombes royales du Nouvel Empire. Fouillé par Bernard Bruyère pour l’Institut français d’archéologie orientale de 1922 à 1951, il a livré des maisons, des tombes peintes comme celle de Sennedjem, et des dizaines de milliers d’ostraca racontant la vie quotidienne : listes de linge, absences, procès, et même la première grève connue, sous Ramsès III.
Le temple, le village et les tombes des artisans se visitent ensemble, et comptent parmi les lieux les plus attachants de la rive ouest.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. IV, « Description du temple de l’ouest, ou du temple d’Isis » (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 26.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.