Médinet Habou, les batailles de Ramsès

Chars, archers, combat naval : les grandes batailles de Ramsès III sculptées sur les murs de Médinet Habou.

Combat naval sculpté sur la face nord du temple de Médinet Habou.
Combat naval sculpté sur la face nord du temple de Médinet Habou. Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 10. Gravure originale en noir et blanc.

Dans les textes de la Description

Les murs du « palais » de Medynet-abou sont une chronique de guerre, et les ingénieurs la lisent comme un récit. D’abord le triomphe : une procession où « la statue du dieu est portée sur un brancard par vingt-quatre prêtres », le roi en tête, sous un vautour « portant son monogramme ou sa devise ».

Puis les campagnes. Sur le mur extérieur, le héros défile sur son char, « entouré d’une foule d’esclaves », devant des pelotons de soldats. Il y a même une chasse : « le même héros, monté sur son char, s’est retourné pour décocher encore des flèches sur la mêlée, dont il paraît s’éloigner : ses chevaux sont lancés au grand galop ; ils vont fouler aux pieds des lions percés de traits. […] Le premier est étendu mourant, et près d’être foulé sous les pieds des chevaux : le second, percé de quatre flèches, ne peut échapper à la mort ; il fuit à travers les roseaux. »

Vient alors la scène la plus saisissante. « Le combat qui est ici figuré se livre sur les eaux. En l’examinant avec attention, on ne tarde point à reconnaître qu’une escadre égyptienne est aux prises avec une flotte ennemie. » Les vaisseaux égyptiens ont des proues à tête de lion et sont intacts ; en face, le désastre : « La flotte ennemie est, au contraire, dans un état qui annonce sa défaite : elle est toute désemparée. Les bâtimens, privés de rameurs, de pilotes et de gabiers, semblent errer au hasard : quelques-uns ont perdu leurs mâts et leurs agrès ; un autre a sombré sous voiles. »

Les ennemis portent les uns des casques à plumes, les autres « un casque de fer […] dont le contour arrondi n’est interrompu que par deux petites cornes ». Les ingénieurs les prennent pour des Indiens. Ils notent un abordage, un Indien arraché à son bord, mais aussi « un autre qui annonce la clémence et l’humanité ».

Un détail les convainc que la bataille a lieu en mer : l’eau n’est pas figurée. Pour les Égyptiens, la mer était le domaine de Typhon, et ils n’auraient pas voulu « profaner un caractère sacré qu’ils employaient uniquement pour représenter les eaux douces ». Ils comparent enfin ces exploits à ceux que Diodore et Hérodote prêtent à Sésostris : pour eux, les murs de Medynet-abou racontent la véritable histoire de ce conquérant.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. I, § V-VI (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

Le « palais » est le temple funéraire de Ramsès III (vers 1186-1155 av. J.-C.), le dernier grand roi guerrier du Nouvel Empire, et non de Sésostris. Son nom antique signifie « Demeure des millions d’années » du roi. C’est l’un des temples les mieux conservés d’Égypte.

La bataille navale est la plus ancienne représentation d’un combat sur l’eau. Elle montre la victoire de Ramsès III, en l’an 8 de son règne, vers 1177 av. J.-C., sur les « Peuples de la Mer », des coalitions venues de Méditerranée orientale qui ravageaient alors le Proche-Orient. Les guerriers à coiffe de plumes sont les Peleset, que l’on rapproche des Philistins ; ceux aux casques à cornes, les Sherden. La bataille s’est sans doute livrée dans les bouches du Nil.

La chasse aux lions, au revers du premier pylône, est l’un des chefs-d’œuvre du relief égyptien. Ailleurs, les murs montrent le décompte des ennemis tués, comptés par les mains coupées.

Depuis 1924, l’Epigraphic Survey de l’Université de Chicago, installée à Louxor, copie et publie tous les reliefs du temple. L’enceinte abritait au Moyen Âge la ville copte de Djemé, ce qui explique les maisons perchées que décrivent les ingénieurs.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. I, § V-VI (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 10.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.