La montagne criblée de tombes

Des milliers d’ouvertures dans la montagne thébaine et une immense syringe à explorer.

Coupe du grand hypogée, la « syringe ».
Coupe du grand hypogée, la « syringe ». Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 39, fig. 2. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Derrière les temples de la rive ouest se dresse la montagne. « La montagne libyque, qui s’élève derrière ces monumens, est composée d’énormes bancs de rochers calcaires coupés à pic. » Ce qu’elle cache surprend plus encore que les temples : « on ne peut cependant se défendre d’un étonnement profond, lorsque l’on vient à considérer la multiplicité et la grandeur de leurs ouvrages souterrains. »

Costaz la regarde depuis le Ramesseum. « Quand on est auprès du Memnonium, si l’on élève ses regards vers la montagne, on aperçoit de tous les côtés et à toutes les hauteurs une multitude d’ouvertures semblables à des fenêtres, percées dans le rocher, qui en paraît comme criblé. J’eus un jour la curiosité de les compter. Je montai sur le comble du monument ; je trouvai que le nombre des ouvertures visibles de cette position était de deux cent cinq. »

Ce ne sont pas des carrières : « leurs formes sont régulières et symétriques ; leur intérieur est orné de sculptures et de peintures ». Elles sont pleines de morts : « les cadavres sont encore entiers ; ils ont conservé leurs formes, comme s’ils étaient vivans ; ils ont duré autant que ces grands monumens qui semblent avoir été construits pour une durée éternelle. »

Une grotte dépasse toutes les autres, à sept cents mètres du Ramesseum. Elle s’ouvre par une cour taillée dans le roc, puis un vestibule à ciel ouvert. « Toutes les autres pièces sont souterraines ; elles sont au nombre de vingt-huit. » Un escalier de cinquante-six marches descend à un étage inférieur ; au pied, un puits de plus de neuf mètres, où l’on découvre à mi-hauteur une porte dans la paroi. Un second puits mène à un troisième étage : « de sorte que voilà trois étages de souterrains ».

Costaz prévient les visiteurs : « Il faut que les voyageurs aient toujours présente à l’esprit l’existence de ces puits, et qu’ils se tiennent sur leurs gardes, lorsqu’ils en approcheront : ils pourraient y trouver la mort, soit par leur imprudence, soit par la trahison de leurs guides. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. III, chap. IX, sect. XI, « Description des tombeaux des rois », début, et « De la grande grotte ou syringe » (Costaz).

Deux siècles plus tard

La nécropole thébaine compte plus de 400 tombes de particuliers numérotées (TT, pour *Theban Tombs*), réparties sur plusieurs collines : Cheikh Abd el-Gourna, Dra Abou el-Naga, el-Khokha, Assassif. Ce sont les tombes des vizirs, prêtres, scribes et artisans de Thèbes, surtout du Nouvel Empire, dont les peintures de banquets, de récoltes et de métiers sont parmi les plus célèbres d’Égypte. Beaucoup d’« ouvertures » vues par Costaz servaient aussi d’habitations aux villageois de Gourna, installés dans et sur les tombes jusqu’à leur relogement, achevé vers 2010.

La « grande syringe » est la tombe TT33, celle de Pétamenophès, prêtre-lecteur de la XXVe ou XXVIe dynastie (VIIe siècle av. J.-C.). C’est la plus vaste tombe privée d’Égypte, plus grande que la plupart des tombes royales : ses couloirs et salles s’étendent sur trois niveaux, couverts de textes funéraires. Longtemps fermée, notamment parce que des chauves-souris l’occupaient, elle est étudiée depuis 2004 par une mission de l’université de Strasbourg et de l’IFAO.

Plusieurs tombes de nobles se visitent par petits groupes, comme celles de Nakht, de Menna, de Ramose ou de Sennefer.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. III, chap. IX, sect. XI, « Description des tombeaux des rois », début, et « De la grande grotte ou syringe » (Costaz).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 39, fig. 2.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.