Les visiteurs gravés sur Memnon

Préfets, soldats, poètes et un empereur ont gravé leur passage sur les jambes du colosse.

Le colosse du sud : face, profil et dos.
Le colosse du sud : face, profil et dos. Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 21. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Le colosse nord porte un livre d’or antique. « Ce qui ne se voit que sur le colosse du nord, c’est le grand nombre d’inscriptions grecques et latines qui couvrent ses deux jambes : on en a compté jusqu’à soixante-douze. » Les auteurs énumèrent leurs auteurs : « des personnages distingués, tels que des préfets de l’Égypte, des généraux, l’empereur Adrien lui-même et l’impératrice Sabine. […] Toutes ces inscriptions célèbrent Memnon, et attestent que ceux qui les ont fait graver ont entendu le son de la statue. »

Le travail a coûté un drame. « L’un de nos collègues, feu M. Coquebert, qu’une mort prématurée a enlevé à sa famille et à ses amis, les avait recueillies en grande partie ; mais ses papiers ont été perdus. » L’ingénieur Girard en a recopié plusieurs, et les auteurs les publient une à une, avec leur traduction.

On y lit une sorte de registre de visiteurs, minute par minute. Le préfet Titus Haterius Nepos « a entendu Memnon, une demi-heure après la première heure du jour », l’an V d’Hadrien. L’épouse d’un autre préfet l’a entendu « après qu’elle fut venue trois fois ». Un autre encore l’a entendu « une fois d’abord, une demi-heure après la seconde heure du jour, et, une autre fois, une demi-heure après la troisième heure ». Des soldats aussi : « Moi, Sextus, Licinius Pudens, de la vingt-deuxième légion […] j’ai entendu Memnon. » Un scribe royal vient en famille : « j’ai entendu le très-saint Memnon, avec ma femme Arsinoé et nos fils ».

La statue sait se faire désirer. Un magistrat vient, adore, n’entend rien ; il retourne en ville, attend deux jours, « revint enfin vers la statue, et entendit les sons de sa voix divine ».

Et l’empereur : une inscription porte « que l’empereur Adrien a entendu celui qui doit être adoré, c’est-à-dire le dieu Memnon ». Une autre, d’un compagnon de l’impératrice : « Je suis venu ici avec l’aimable reine Sabine, à la première heure de la course du soleil, la quinzième année du règne d’Adrien. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. II, § I et « Inscriptions gravées sur la statue de Memnon » (Jollois et Devilliers, avec les copies de Girard).

Deux siècles plus tard

Le colosse nord porte environ 107 inscriptions grecques et latines, datées surtout du Ier et du IIe siècle apr. J.-C. Elles forment un corpus exceptionnel, publié en 1960 par André et Étienne Bernand. C’est l’un des premiers « livres d’or » touristiques de l’histoire.

Le « Publius Balbinus » des copies de 1800 est en réalité une femme : Julia Balbilla, poétesse et dame de compagnie de l’impératrice Sabine. Elle a gravé quatre poèmes en grec, dans le dialecte éolien de Sappho, pour commémorer la visite du couple impérial en novembre 130 apr. J.-C. Elle y raconte que Memnon resta muet le premier jour, puis salua l’empereur le lendemain. C’est le même voyage au cours duquel Antinoüs s’est noyé dans le Nil, quelques semaines plus tôt, et qui a vu naître Antinoé.

Les inscriptions s’arrêtent vers le début du IIIe siècle, au moment où la restauration du colosse fait taire sa voix. Elles sont toujours visibles sur les jambes et le socle de la statue, au bord de la route de la rive ouest.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. II, § I et « Inscriptions gravées sur la statue de Memnon » (Jollois et Devilliers, avec les copies de Girard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 21.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.