Grandeur et chute de Thèbes
D’où vient la puissance de Thèbes, et comment a-t-elle disparu ? Jollois et Devilliers tentent une réponse.

Dans les textes de la Description
Après avoir tout mesuré, les deux ingénieurs se demandent d’où vient tant de richesse. Ils récusent l’image d’une Égypte repliée sur elle-même : Thèbes, disent-ils, fut « pendant long-temps l’entrepôt du commerce de ces riches contrées avec la Phénicie », et ses rois conquérants y auraient accumulé « les dépouilles des peuples vaincus ». Le héros de ce récit est Sésostris, dont les exploits « ont toujours paru tenir du prodige et de la fable ».
Ils mesurent la ville. Diodore lui donne cent quarante stades de tour : soit 14 km, un périmètre qui « convient très-bien au contour d’une ligne qui envelopperait Karnak, Louqsor, Medynet-abou, le Memnonium, le tombeau d’Osymandyas, ou palais de Memnon, et Qournah ».
Puis la chute. Les invasions de peuples pasteurs d’abord : « peut-être faut-il placer vers ce temps une des plus grandes catastrophes que cette ville ait éprouvées ». Mais le grand coupable, pour eux, est le roi perse Cambyse. « Excité par la haine et la vengeance, il fond sur ce pays avec la férocité d’un lion. […] Cambyse, poursuivant dans la haute Égypte une facile conquête, pénètre jusqu’à Thèbes, où il ne respecte rien. L’or, l’argent, l’ivoire et les pierres précieuses qui ornent les édifices publics, deviennent la proie de ce conquérant. Tous les temples et les palais sont ravagés par le fer et la flamme ; les statues colossales, les obélisques, sont brisés et renversés de dessus leurs bases. »
La ville survit pourtant : « les indestructibles monumens élevés par les Égyptiens ont lassé le génie destructeur de ce conquérant ». Un Ptolémée la pille encore, selon Pausanias, pour la punir d’avoir soutenu le parti adverse dans une guerre de famille.
Leur conclusion est une prophétie et un manifeste. « Elle est encore grande et magnifique au milieu de ses débris ; et l’on peut prédire avec certitude qu’elle attestera la puissance du peuple égyptien, long-temps encore après que nos villes européennes les plus somptueuses auront cessé d’exister. » Grâce à l’Expédition, ajoutent-ils, sa réputation est assurée « à jamais », au-delà « de toutes les espérances des Égyptiens ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. III, « Dissertation sur la position géographique et l’étendue de Thèbes », § II, VII et VIII (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
L’histoire de Thèbes est aujourd’hui bien mieux connue. La ville devient capitale vers 2050 av. J.-C., quand le Thébain Mentouhôtep II réunifie l’Égypte. C’est encore de Thèbes que partent, vers 1550 av. J.-C., les rois qui chassent les Hyksos, ces « peuples pasteurs » venus d’Asie évoqués par les auteurs. Sous le Nouvel Empire, l’or de Nubie et les tributs du Proche-Orient affluent vers le temple d’Amon, qui devient la plus riche institution du pays.
Le « Sésostris » des Grecs est une figure légendaire qui mêle plusieurs rois réels, notamment les Sésostris du Moyen Empire et Ramsès II. Les expéditions égyptiennes en Inde ou en Perse ne sont pas attestées.
La chute fut lente. La capitale politique se déplace vers le Delta dès la fin du Nouvel Empire. Le pillage le plus documenté est celui des Assyriens d’Assurbanipal, en 663 av. J.-C., que la Bible évoque sous le nom de No-Amon. Le rôle destructeur de Cambyse, en 525, vient surtout d’Hérodote et de traditions hostiles aux Perses ; les archéologues le jugent très exagéré. Le Ptolémée de Pausanias est Ptolémée IX, qui écrase une révolte thébaine vers 88-85 av. J.-C. Au temps de Strabon, Thèbes n’est plus qu’un ensemble de villages autour des temples.
La prophétie finale s’est réalisée : plus de deux siècles après, les monuments de Thèbes attirent chaque année des millions de visiteurs.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. III, « Dissertation sur la position géographique et l’étendue de Thèbes », § II, VII et VIII (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités III, pl. 17.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.