L’hippodrome perdu de Thèbes
Un immense bassin rectangulaire que les savants prennent pour un hippodrome.

Dans les textes de la Description
Au sud de Médinet Habou s’étend une enceinte immense, formée non de murs mais de buttes de terre alignées. Le côté nord, long d’un kilomètre, aligne « cinq monticules ou buttes en terre d’à peu près treize mètres d’élévation » ; le côté ouest, long de 2 500 m, en aligne vingt-trois, sur deux rangs. Au milieu, des champs : « Lorsque les crues du Nil sont favorables, tout le terrain qu’elle renferme est brillant de verdure et fournit une abondante moisson. »
Pour faire comprendre l’échelle, les ingénieurs choisissent une référence parisienne : la surface « est sept fois plus considérable que celle du Champ de Mars à Paris ».
Leur première idée est la plus belle, et ils l’avouent. Dans les ouvertures entre les buttes, ils ont cru voir les cent portes d’Homère ; mais ils en comptent trente-neuf, cinquante au plus. « Ainsi se trouve dénuée de fondement la première opinion que nous avions eue sur les lieux, que ces ouvertures pourraient bien être les cent portes de Thèbes, célébrées par Homère. »
Ils proposent alors une autre lecture, à la mesure d’une capitale guerrière. « C’était un hippodrome, un vaste champ de Mars, où les troupes étaient exercées au maniement des armes, aux courses à pied, aux courses de chevaux et de chars, et en général à toutes les évolutions militaires. C’était de là que les troupes égyptiennes partaient pour voler, sous des Osymandyas et des Sésostris, à des conquêtes assurées. »
Sur la rive est, au sud de Louxor, ils relèvent une seconde enceinte du même genre, longue de 1 700 m, dont les murs de brique de vingt mètres d’épaisseur servent d’engrais aux villageois. L’expédition n’est pas sans risque, et leur conclusion le dit d’une phrase : « Après avoir constaté l’existence de ces ruines, où nous avions été seuls et presque sans armes, et après en avoir mesuré les principales dimensions, nous quittâmes ce vaste hippodrome, qui n’offre plus aucune construction intéressante, et qui n’est remarquable que par son immense étendue. »
Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. I, § VIII, et sect. VII (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
L’« hippodrome » de Médinet Habou n’était pas un champ de courses. C’est le Birket Habou, un immense bassin artificiel creusé vers 1360 av. J.-C. pour Amenhôtep III, long d’environ 2,4 km. Les buttes alignées que décrivent les ingénieurs sont les déblais du creusement, rejetés en talus le long des berges. Le bassin était relié au Nil et servait de port.
Il desservait le palais de Malqata, une véritable ville royale de briques peintes où Amenhôtep III célébra ses grandes fêtes jubilaires. Une inscription d’un scarabée commémoratif décrit d’ailleurs un lac creusé en quinze jours pour la reine Tiyi, peut-être en lien avec ce bassin. Les fouilles du Metropolitan Museum de New York, au début du XXe siècle, puis de missions plus récentes ont retrouvé dans le palais des peintures murales, des cuisines et des milliers d’étiquettes de jarres.
La seconde enceinte, sur la rive est au sud de Louxor, reste mal identifiée ; il pourrait s’agir d’un autre bassin ou d’un ouvrage hydraulique de même nature. Dans les deux cas, les savants de 1799 avaient bien vu l’essentiel : une échelle d’aménagement qui dépasse tout ce qu’on connaissait en Europe.
Le Birket Habou se devine encore, mais la plaine est désormais cultivée et bâtie, et les buttes ont en partie disparu sous la charrue.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. I, § VIII, et sect. VII (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 2.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.