Le pavillon royal de Médinet Habou
Une porte fortifiée à étages, ornée de scènes intimes : le pavillon royal de Médinet Habou.

Dans les textes de la Description
À côté des temples, un bâtiment détonne. « Au sud-ouest des propylées que nous avons décrits, s’élève une construction dont le caractère est tout différent de celui des temples et des édifices consacrés au culte ; c’est un pavillon à deux étages, qui a des croisées plus grandes et plus nombreuses qu’on n’en voit ordinairement dans les autres monumens. On est frappé, au premier abord, de l’idée qu’il a été construit […] pour être le séjour habituel d’un souverain. »
L’entrée passe entre deux tours. Les ingénieurs y remarquent de fausses fenêtres dont les appuis reposent sur des captifs sculptés : « ces figures sont étendues sur le ventre ; et avec leurs mains, péniblement appuyées sur une dalle inférieure, elles paraissent faire de violens efforts pour soulever le poids dont elles sont accablées. » Les couleurs y sont encore visibles, rouge, bleu, blanc, vert.
Une figure les émeut : « Une figure de jeune homme avec des ailes, et dans l’attitude de l’adoration, attire surtout les regards. […] Il n’y a rien de plus gracieux et de plus naïf que la pose de cette figure […] : c’est le motif de ces beaux archanges qui se voient dans les tableaux des grands peintres de l’école italienne. »
Au second étage, le décor change de ton. « Cette salle supérieure renferme des sculptures dont les sujets diffèrent entièrement de ceux que l’on trouve dans les temples ; ce sont des scènes familières. Dans le premier tableau, un personnage est assis sur un fauteuil de forme élégante […] : une femme est debout devant lui, et lui présente un fruit de forme ronde […] Le personnage la prend par le bras pour l’attirer à lui, et lui passe la main sous le menton. »
De la pièce la plus haute, la vue embrasse tout : « Rien, en effet, n’est plus magnifique que la vue dont on jouit de la pièce la plus élevée de cet édifice. » Les montagnes, les tombeaux des rois, la plaine verte après la crue, Louxor et Karnak au loin.
Leur conclusion est romanesque : « tout annonce l’habitation fortifiée d’un conquérant enflé de ses succès ». Pour eux, c’est la demeure privée de Sésostris, « qui, au rapport des historiens, faisait atteler à son char les rois qu’il avait vaincus », et qui aurait aimé voir des captifs « accablés sous le poids de l’architecture ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. I, § IV, « Du pavillon de Medynet-abou » (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
Le pavillon est la « porte haute » de Ramsès III, l’entrée orientale fortifiée de l’enceinte de son temple. Sa forme imite les forteresses syriennes, les *migdol*, que l’armée égyptienne affrontait au Proche-Orient. C’est un cas unique d’architecture militaire étrangère transposée dans un temple.
L’intuition des ingénieurs n’était pas fausse : les salles hautes servaient bien de lieu de séjour au roi lors de ses venues au temple, et leurs reliefs le montrent avec les femmes du palais, jouant ou recevant des fruits. Ces images prennent un relief tragique à la lumière d’un document célèbre, le papyrus judiciaire de Turin, qui relate une conspiration ourdie dans le harem royal contre Ramsès III. En 2012, le scanner de la momie du roi a révélé une profonde blessure à la gorge : le complot a sans doute réussi.
Les captifs portant les appuis de fenêtres sont des ennemis vaincus de l’Égypte, Libyens, Nubiens et Asiatiques, motif typique du décor royal. Le « jeune homme ailé » est sans doute un symbole de l’âme ou une figure divine. La porte haute se visite, et l’on peut toujours monter aux étages pour la vue sur la plaine thébaine.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. I, § IV, « Du pavillon de Medynet-abou » (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 15.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.