Le ciel peint d’une tombe royale
Au plafond d’une tombe royale, un tableau astronomique que Jomard essaie de déchiffrer.

Dans les textes de la Description
Dans la Vallée des Rois, les savants lèvent les yeux. « Les peintures des tombeaux des rois de Thèbes renferment plusieurs sujets qui ont du rapport avec les phénomènes célestes. Parmi celles que l’on a copiées, il en est une qui couvre en entier le plafond du premier tombeau à l’ouest. » Le ciel y est « parsemé d’étoiles » : c’est à l’évidence « une composition relative à l’astronomie ».
Jomard reconnaît des figures familières : « ce qui frappe ensuite, dès qu’on fait attention au tableau du milieu de la partie gauche du plafond, c’est d’y voir trois signes du zodiaque, le Taureau, le Lion et le Scorpion : on ne tarde pas à en reconnaître un quatrième, qui est l’Amphora, dans le vase qui semble soutenir l’animal à tête de porc. »
Quatre signes, et seulement quatre : pour un astronome, ce sont les quatre points de l’année. « On sait aussi qu’un équinoxe répondant à l’un des signes, à Taurus, par exemple, un des solstices doit répondre à Leo, l’autre équinoxe à Scorpius, et l’autre solstice à Amphora. » D’où sa conclusion : le tableau « renferme la peinture des équinoxes et des solstices, et […] cette représentation exprime l’époque du monument ».
Il choisit l’hypothèse la moins vertigineuse : « Il ne serait pas naturel de supposer que le Taureau désigne un des solstices, ou bien l’équinoxe d’automne, à cause de l’antiquité excessive qui résulterait de ces suppositions. » Le Taureau marque donc l’équinoxe de printemps. Le détail le confirme à ses yeux : « le Taureau pose sur une barre horizontale, et cette barre est la marque des équinoxes ». Toute la scène devient ainsi un calendrier céleste, et le tombeau, un monument astronomique datable.
Le plafond est dessiné avec soin et gravé dans la collection des « monumens astronomiques », à côté des zodiaques de Dendara et d’Esna. Pour les savants de l’Expédition, ces ciels peints sont la preuve d’une astronomie égyptienne très ancienne, et la clé possible de la chronologie de l’Égypte.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. VIII, « Essai d’explication d’un tableau astronomique peint au plafond du premier tombeau des rois de Thèbes, à l’ouest de la vallée » (Jomard) ; T. III, appendice II, § IV (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
Le ciel peint est bien un plafond astronomique, mais il ne contient pas le zodiaque. Le zodiaque babylonien et grec n’arrive en Égypte qu’à l’époque ptolémaïque, plus de mille ans après les tombes royales. Les figures reconnues par Jomard sont des constellations égyptiennes du ciel nord : le taureau ou la cuisse de taureau, Meskhetyou, qui correspond à notre Grande Ourse ; la grande déesse hippopotame, que Jomard prend pour un animal à tête de porc ; un lion ; un scorpion lié à la déesse Serket.
Le tombeau, identifié au tombeau de Ramsès VII (KV1), date du XIIe siècle av. J.-C. Ces plafonds associent les étoiles circumpolaires, « celles qui ne connaissent pas la destruction », aux listes de décans qui servaient à mesurer les heures de la nuit. Ils accompagnent le voyage nocturne du roi défunt dans le corps de la déesse du ciel, Nout. Les plus spectaculaires sont ceux des tombes de Séthi Ier et de Ramsès VI.
La datation astronomique de Jomard n’a pas résisté au déchiffrement : dès que Champollion a pu lire les cartouches royaux, les tombes ont été datées par les noms des rois. La tombe de Ramsès VII, proche de l’entrée de la vallée, se visite.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. VIII, « Essai d’explication d’un tableau astronomique peint au plafond du premier tombeau des rois de Thèbes, à l’ouest de la vallée » (Jomard) ; T. III, appendice II, § IV (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités II, pl. 82.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.