Karnak : propylées et allées de sphinx

Pylônes, colosses et allées de sphinx à tête de bélier : les entrées monumentales de Karnak.

Les propylées de Karnak vus du sud.
Les propylées de Karnak vus du sud. Description de l’Égypte, Antiquités III, pl. 44. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Karnak a huit entrées, mais une seule égale les palais : « De toutes ces entrées, il n’en est pas de plus majestueuse que l’avenue principale du sud : elle s’annonce avec tout le faste et toute la pompe qui conviennent au palais que nous avons décrit. Elle est formée d’une suite de grands et magnifiques pylônes. »

Les ingénieurs, amoureux de la symétrie, sont choqués : ces quatre pylônes « sont d’inégales longueurs ; leurs ouvertures ne se correspondent pas, et ils ne sont point établis sur le même axe ». Ils supposent « que des raisons particulières, qu’on ne peut plus apprécier maintenant, ont apporté d’insurmontables obstacles ».

Entre les pylônes, des colosses : les hanches d’une statue géante, deux statues assises qu’ils font dégager jusqu’aux socles, deux colosses debout qui portent « une espèce de poignard à la ceinture, comme les Mamlouks en portent encore aujourd’hui ». À l’est, un grand bassin revêtu de pierre où l’eau de la crue arrive encore par infiltration.

Puis les sphinx. « En avant des propylées, et dans une direction oblique, sont deux rangées des plus gros sphinx qui existent dans toutes les ruines de Thèbes. » Ils ont des corps de lion et des têtes de bélier. Une autre allée, faite de sphinx à tête de femme, « change tout-à-coup de direction, en faisant un angle obtus vers le sud, et conduit droit au palais de Louqsor ». Les deux ingénieurs comptent les survivants et estiment qu’on pourrait en placer « cent quatre-vingt-dix-neuf » de plus dans les vides.

Ils admirent les béliers d’une troisième allée : « on paraît même avoir eu l’intention de figurer la laine dont leur corps est couvert ». Et ils concluent : « les artistes égyptiens sculptaient les animaux avec beaucoup plus de perfection que les figures humaines […] Les béliers sont exécutés avec toute la rondeur et le coulant des formes de ces animaux. »

Pour donner la mesure de ce qu’ils voient, ils citent Diodore : « Il n’est entré dans aucune ville du monde autant d’offrandes magnifiques en or, en argent et en ivoire ; elle était remplie d’une multitude de statues colossales et d’obélisques d’un seul morceau de pierre. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. II, chap. IX, sect. VIII, 2e partie, « Des propylées » et « Des avenues de sphinx » (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

L’irrégularité qui choquait les ingénieurs s’explique : les pylônes VII à X ont été bâtis par des rois différents, de Thoutmosis III et Hatchepsout à Horemheb, sur un axe sud qui reliait le temple d’Amon à celui de sa parèdre Mout. Ce second axe s’est ajouté au grand axe est-ouest au fil de deux siècles.

La première cour, au pied du VIIe pylône, cachait un trésor. En 1903-1905, Georges Legrain y découvre la « cachette de Karnak » : environ 750 statues de pierre et 17 000 bronzes, enterrés par les prêtres à l’époque ptolémaïque pour libérer le temple d’offrandes trop nombreuses. Le grand bassin est le lac sacré du temple, où vivaient les oies d’Amon et où se déroulaient des rites nocturnes.

L’allée qui mène à Louxor est le dromos de Nectanébo Ier (IVe siècle av. J.-C.), long de 2,7 km et bordé à l’origine de plus d’un millier de sphinx à tête humaine ou de bélier. Longtemps enfoui sous la ville moderne, il a été dégagé à partir de 2005 et inauguré en novembre 2021. Les sphinx à tête de bélier, image d’Amon, bordent aussi l’entrée principale de Karnak, à l’ouest, et l’allée vers le temple de Mout.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. II, chap. IX, sect. VIII, 2e partie, « Des propylées » et « Des avenues de sphinx » (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités III, pl. 44.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.