Ermant, un temple démoli par les hommes
Un temple encore debout en 1799, démoli quelques décennies plus tard : Ermant n’existe plus que dans les planches.

Dans les textes de la Description
Au sud de Thèbes, Hermonthis n’est plus qu’un champ de décombres d’un kilomètre, d’où émerge un seul temple. Il se recommande, dit Jomard, « par l’élégance de ses colonnes, par les sculptures dont il est couvert, enfin par un bassin qu’on croit avoir servi de nilomètre ».
Le village le marque autant que les ruines. Les chrétiens y montrent le tombeau de saint Georges. Jomard demande à le voir, mais s’adresse par mégarde à un musulman, « qui, au lieu de me répondre, me fit en riant cette question : Qu’est-ce que Mary-Girgès ? » Un copte lui demande « d’un grand sang-froid : Quand donc les Français tueront-ils tous ces misérables ? » Conclusion désabusée : « Nous ne trouvâmes d’accord les uns et les autres que pour nous vendre des antiques et des médailles. »
Le temple surprend par son état. « Au-dedans, l’édifice semble entièrement conservé ; les murailles, et les sculptures qui les recouvrent, sont presque intactes, depuis les plafonds jusqu’au sol. » Mais dehors, la galerie de colonnes qui l’entourait est rasée. Jomard mène l’enquête : « Il ne faut pas qu’on attribue aux ravages du temps ni à une construction défectueuse l’état actuel du temple d’Hermonthis ; car ce qui subsiste debout ne porte pas la marque d’une dégradation commencée : tout est démoli, ou intact. Cette destruction est l’ouvrage de la main des hommes. En effet, les murailles sont pleines de trous que les Arabes et les fellâh ont creusés pour en retirer les tenons qui servaient à lier les pierres. » Sur un petit espace, il compte « plus de cinquante de ces trous ».
Il remarque aussi que le temple a été bâti en partie avec des blocs d’un monument plus ancien, portant des hiéroglyphes sur leurs faces cachées. Les savants copient le plafond d’une salle, décoré de figures célestes, qu’ils rangent parmi les « monumens astronomiques ». Et Jomard cite Macrobe : dans le temple d’Apollon à Hermonthis, « on honore le taureau consacré au soleil et surnommé Pacis ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. I, chap. VIII, « Description d’Erment ou Hermonthis » (Jomard) ; T. III, appendice II, § III.
Deux siècles plus tard
Le « temple » décrit par Jomard était un mammisi, une chapelle de la naissance divine, construit par Cléopâtre VII pour célébrer la naissance de son fils Césarion, né de Jules César, assimilé à l’enfant divin. Les reliefs montraient la reine elle-même en couches, assistée des déesses. Le plafond astronomique copié en 1799 en faisait partie.
Le monument n’existe plus. Il a été démoli vers 1861 pour fournir des pierres à une sucrerie voisine. Les dessins de la Description de l’Égypte, avec ceux de quelques voyageurs du XIXe siècle, sont aujourd’hui l’essentiel de ce que l’on en connaît ; ils sont d’autant plus précieux que les représentations de Cléopâtre sont rares.
Le « taureau Pacis » de Macrobe est le taureau Bouchis, incarnation du dieu Montou, maître d’Hermonthis. Ses sépultures, le Bucheum, ont été retrouvées au bord du désert et fouillées par Robert Mond et Oliver Myers de 1927 à 1932 : on y a trouvé les tombes de taureaux sacrés et de leurs mères, de l’époque de Nectanébo II à l’époque romaine.
Armant reste une petite ville sucrière. Les vestiges visibles du grand temple de Montou sont limités ; une porte et quelques blocs subsistent, et la région attire surtout les archéologues.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. I, chap. VIII, « Description d’Erment ou Hermonthis » (Jomard) ; T. III, appendice II, § III.
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 92.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.