Assouan, premier soir sur le Nil

Assouan : la colline de Qoubbet el-Haoua et ses tombes rupestres, au passage d’une felouque
Assouan : la colline de Qoubbet el-Haoua et ses tombes rupestres, au passage d’une felouque. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

Une journée entière s’est perdue dans le souk. À seize heures, je me souviens enfin du conseil de mon guide : le belvédère, avant le coucher du soleil. Il faut se dépêcher.

Une journée dans le souk

Arrivé de Paris au milieu de la nuit, je n’ai pas résisté longtemps à l’appel du souk. Dès le matin, j’ai rejoint cette rue parallèle à la Corniche pour prendre mon premier bain d’Égypte. Les épices s’entassent en pyramides, les étoffes voisinent avec les paniers, les marchands appellent. Je passe d’un étal à l’autre. Les gadgets contemporains ont trouvé leur place dans le désordre ; ils n’en changent guère le rythme.

Seize heures déjà

Seize heures. Comment ai-je pu laisser filer toute la journée ? Le conseil de mon guide me revient : « Cet après-midi, ne tardez pas à grimper jusqu’au belvédère, au bout de la Corniche. Vous aimez la photo et les belles couleurs. Là-haut, vous serez servi. » Je quitte le souk, un peu à regret. Il y aurait encore tant à regarder.

Souenet, le nom ancien d’Assouan, était lié au commerce. Après quelques heures dans cette rue, je le retiens sans effort. L’ivoire, l’or, l’encens et les peaux venus du Sud ont cédé la place à d’autres marchandises, mais on vient toujours ici acheter, vendre, passer. Je m’y suis attardé comme tant de voyageurs avant moi. Le soleil, lui, ne s’est pas arrêté.

Sur la Corniche, les felouques sont amarrées en grappes. Les marins m’interpellent. L’un d’eux, enturbanné et plus coriace que les autres, finit par obtenir une promesse : demain, je ferai un tour avec lui. Pour l’heure, je dois monter.

Assouan : épices en vrac au souk
Assouan : épices en vrac au souk. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

La course contre le soleil

Les ombres s’allongent, les murs d’argile se couvrent d’or. Je presse le pas. Les bateaux, les appels, les départs possibles attendront : le couchant me laisse à peine le temps de gagner le petit square du belvédère.

Enfin, le Nil est à mes pieds. Je cesse de me hâter. Entre les îles et les touffes de papyrus, les felouques glissent, leurs voiles retenant les derniers rayons. Les falaises de grès et de sable changent de couleur. Au loin, la ville paraît déjà assoupie. Des rires montent des jardins de l’Old Cataract ; sa façade ocre et l’azur de sa piscine se détachent sur les eaux sombres. Je suis seul à cet endroit, et toute l’agitation du souk semble soudain très loin.

Demain sur le fleuve

En regardant l’eau, je repense à ce qui faisait d’Assouan une frontière : la première cataracte, les rochers de granite qui barraient le passage aux bateaux, et, au-delà, la Nubie. Le fleuve que j’ai devant moi paraît pourtant si paisible. Le Haut Barrage a assagi ses eaux et changé le visage de cette limite ancienne.

Difficile de donner une mesure à ce changement. Le Sadd al-Ali approche quatre kilomètres de long, dépasse cent mètres de haut et repose sur une base de près d’un kilomètre. Il a fallu une dizaine d’années de travaux, dans les années 1960, et des dizaines de milliers d’hommes pour le construire. Derrière lui s’étend désormais le lac Nasser, sur plus de cinq cents kilomètres jusqu’au Soudan. Depuis ce belvédère, rien ne laisse deviner une telle mer intérieure.

Les voiles continuent de passer. Assouan accueille désormais les croisières, les excursions, les voyageurs qui arrivent et ceux qui repartent. Aujourd’hui, je me suis laissé prendre par son souk ; demain, ce sera le fleuve. J’ai donné ma parole à un marin. Il faudra seulement réussir à partir à l’heure.

Assouan : le Nil et ses felouques depuis le belvédère du jardin Feryal, au bout de la Corniche
Assouan : le Nil et ses felouques depuis le belvédère du jardin Feryal, au bout de la Corniche. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

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