
Dans les pas de Giovanni Battista Belzoni · 1817. Récit adapté du témoignage du voyageur.
Le sable ne se laisse pas simplement jeter de côté. Si nous creusons au milieu, celui des bords revient remplir le trou. Pour atteindre la porte d'Abou Simbel, il faut d'abord trouver comment empêcher la montagne de descendre avec nous.
Une place à ouvrir
J'avais déjà essayé l'année précédente. Cette fois, Salt nous a donné les moyens de reprendre le travail. Irby, Mangles et Beechey sont avec moi. Les grands colosses occupent la façade, mais l'entrée demeure sous l'accumulation.
Je répartis les ouvriers de part et d'autre de la figure placée au-dessus de la porte supposée. Les premiers jours, la quantité de sable enlevée disparaît presque dans l'ensemble. À ceux qui imaginent une opération facile, j'aimerais montrer la place : nous cherchons à ouvrir un passage, pas à débarrasser toute la colline.
Les hommes engagés se retirent ensuite. Avec nos compagnons et l'équipage, nous reprenons nous-mêmes les fouilles. Nous travaillons dès l'aube ; des habitants viennent proposer leur aide, puis les rivalités et les désaccords compliquent encore l'organisation.
Les provisions diminuent. Dans les derniers jours, il ne nous reste que du dourrah cuit à l'eau, sans sel. Un homme nous apporte parfois du lait pendant la nuit, jusqu'à ce qu'on l'en empêche. L'entrée que nous espérons trouver n'est pas notre seul souci.
Le haut d'une porte
Une saillie grossière fait craindre que le monument soit inachevé. Nous continuons. Une corniche brisée apparaît, puis une moulure et la frise. Les formes commencent enfin à donner raison au chantier.
J'élève une palissade pour retenir le sable. Un soir, nous apercevons le dessus de la porte et dégageons assez d'espace pour entrer. Nous attendons pourtant le lendemain, par crainte d'un air dangereux enfermé depuis longtemps.
Le matin du 1er août, il faut encore élargir le passage et faire face à la menace du départ de l'équipage. Nous refusons d'abandonner maintenant. Enfin, nous pénétrons dans le temple.
Le papier mouillé
La première salle nous surprend par ses dimensions. Les piliers portent de grandes figures ; les murs sont couverts de scènes et de signes. Nous gagnons les salles suivantes, puis le sanctuaire. Après tant de journées à regarder le sable, nous avons devant nous plus de choses que nous ne pouvons en dessiner.
La chaleur rend le travail pénible. La transpiration des mains mouille le papier ; il faut se contenter d'esquisses là où l'on voudrait prendre tous les détails.
Vingt-deux jours ont été consacrés à cette ouverture, sans compter les six de l'année précédente. Nous repartons le 4 août. Les salles existent désormais pour nous derrière les colosses, mais mes feuilles ne contiennent encore qu'une partie de ce que j'y ai vu. La porte a demandé l'essentiel de notre séjour.