
Dans les pas de Giovanni Battista Belzoni · 1817. Récit adapté du témoignage du voyageur.
Je voudrais faire tenir le portique de Philae dans un modèle. Les chapiteaux me plaisent trop pour me contenter d'une impression générale. Je prépare de la cire et de la résine. Nous sommes en mai ; la chaleur a son mot à dire sur la solidité de mon entreprise.
L'île de l'attente
Nous avons quitté Thèbes pour remonter vers la Nubie. À Philae, il faut attendre une réponse du Caire. J'ai écrit à Salt ; sans nouvelles et sans fonds, le projet de dégager l'entrée d'Abou Simbel reste incertain.
L'arrêt se passe au milieu d'un groupe de monuments particulièrement serré. Les rochers et les îles voisines paraissent nus en comparaison. D'une petite distance, les temples composent une vue qui me retient déjà ; de près, les colonnes, les passages et les ornements me donnent de quoi travailler pendant l'attente.
Je regarde surtout les chapiteaux. Il ne suffit pas d'en conserver la silhouette : ce sont les formes du portique et leurs détails que je veux reproduire. Je me mets à modeler l'ensemble.
Un matériau peu coopératif
La cire mêlée à la résine doit garder assez de consistance pour recevoir des formes nettes. La température rend cette précaution difficile à obtenir. Je peux avoir longuement examiné la colonne ; si le mélange reste trop mou, le détail ne tiendra pas mieux pour autant.
Le thermomètre atteint cent vingt-quatre degrés Fahrenheit, au bout de son échelle. Il ne peut nous renseigner au-delà. Ce qu'il indique suffit déjà à expliquer pourquoi mes matériaux se comportent si mal.
Je poursuis néanmoins. Après les pierres qu'il faut soulever ou les passages qu'il faut ouvrir, c'est ici une petite forme en cire qui résiste à mon travail. Les moyens changent ; le monument reste assez beau pour me faire insister.
Des nouvelles du Caire
Un courrier arrive enfin. Il a fait le chemin par terre en dix-huit jours. La lettre apporte les fonds attendus et l'accord de Salt pour tenter les fouilles d'Abou Simbel. Le consul doute encore de l'existence d'une entrée ; il accepte pourtant d'engager la dépense.
Les capitaines Irby et Mangles ont rejoint notre société. Nous organiserons la suite dans un même bateau, faute de pouvoir en obtenir deux. Il faut chercher des provisions, répartir les places et préparer le départ.
Je vais quitter les chapiteaux de Philae pour les sables accumulés devant une autre façade. J'espère y trouver une porte. Pour le moment, j'ai surtout essayé de conserver dans un mélange trop tendre les formes d'un portique bien solide.