Assouan, carrières de granit et obélisque inachevé

Illustration du site Assouan, carrières de granit et obélisque inachevé
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

À Assouan, sur la rive orientale du Nil, les carrières de granit ont fourni pendant des siècles la pierre des obélisques, des colosses et des sarcophages égyptiens. Dans l’une d’elles, un obélisque est resté couché dans le lit rocheux où on le taillait. Achevé, il aurait atteint environ 42 mètres et pesé près de 1 168 tonnes selon le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, ce qui l’aurait placé au-dessus de tous les obélisques connus. Des fissures apparues dans la pierre ont fait abandonner le chantier, qui offre aujourd’hui une coupe rare dans le travail des carriers pharaoniques.

Ce que l’on découvre

Le monument se lit d’abord comme une longue silhouette creusée dans le granit rose. Reginald Engelbach, inspecteur du Service des antiquités qui en dirigea le dégagement, lui attribue 41,75 mètres de long et 4,20 mètres de largeur à la base, avec un pyramidion (la pointe) prévu de 4,50 mètres de haut. Trois faces sont libérées ; la face inférieure fait toujours corps avec la roche. Une tranchée d’environ 75 centimètres de large court autour du bloc ; un relevé photogrammétrique publié en 2023 en mesure la profondeur maximale à environ 5,2 mètres. D’après Engelbach, les ouvriers n’avaient creusé qu’à peu près les deux tiers de la profondeur nécessaire pour détacher l’obélisque.

Le chantier n’est pas isolé. Au-dessus du front de taille, Engelbach a repéré le lit d’un obélisque plus petit, long d’environ 7 mètres, et des inscriptions hiératiques fragmentaires peintes en rouge sur la paroi. Les carrières ont été exploitées longtemps : toutes les traces visibles alentour n’appartiennent donc pas au même chantier.

Ce qu’il faut regarder

Le détail le plus parlant tient à la surface des parois de la tranchée, couverte de creux arrondis et parallèles. Ils ont été laissés par des percuteurs de dolérite, boules d’une roche plus dure que le granit, pesant selon Engelbach de 4 à 7 kilogrammes environ, avec lesquels les carriers réduisaient la pierre en poussière. Une expérience menée près du site par Marián Marčiš et Marek Fraštia, avec un percuteur de 3,47 kilogrammes, n’a enlevé qu’environ 216 centimètres cubes de granit par heure : les auteurs en concluent que la taille à la seule dolérite aurait été très lente et que d’autres méthodes ont dû s’y combiner.

Il faut aussi chercher les lignes peintes en rouge et en noir. Engelbach a mesuré entre les traits verticaux rouges un espacement moyen de 29,9 centimètres, qu’il interprète comme un double pied, et y voit des repères notant la profondeur atteinte par les équipes successives. Enfin, les fissures elles-mêmes se suivent à l’œil : Engelbach les a désignées par des lettres et a montré que deux d’entre elles, en se rejoignant, obligeaient déjà à raccourcir le monolithe d’au moins un demi-mètre. D’autres défauts ont ensuite condamné le projet.

Son histoire

Taillé d’une seule pièce, l’obélisque était surmonté d’un pyramidion doré qui renvoyait les rayons du soleil ; il se rattache à la mythologie solaire et au benben, la première terre surgie au commencement du monde. Celui d’Assouan, enfoui sous le sable, a été dégagé au début du XXe siècle. Engelbach entreprit les travaux après la visite du roi Fouad durant l’hiver 1920–1921 ; une seconde campagne suivit l’hiver 1921–1922, et l’étude parut en 1922 aux presses de l’Institut français d’archéologie orientale.

La date du chantier reste incertaine. Le ministère égyptien attribue la commande à Hatchepsout (vers 1473–1458 av. J.-C.), pour le temple d’Amon à Karnak, mais aucune inscription de dédicace ne figure sur le bloc et Engelbach lui-même écrivait n’avoir rien trouvé qui donne un véritable indice de datation. L’attribution demeure donc une hypothèse fondée sur le contexte des grands obélisques du Nouvel Empire.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : The Unfinished Obelisk, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Reginald Engelbach, The Aswân Obelisk, with Some Remarks on the Ancient Engineering, Le Caire, Imprimerie de l’Institut français d’archéologie orientale, 1922 (édition numérique, Project Gutenberg) ; Marián Marčiš et Marek Fraštia, « The problems of the obelisk revisited », Digital Applications in Archaeology and Cultural Heritage, 30, 2023.