Éléphantine, on m’attend pour déjeuner

Des habitants de l’île accueillent un voyageur près des anciens petits temples d’Éléphantine.
Une invitation sur l’île Éléphantine, 1799. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Vivant Denon · 1799. Récit adapté du témoignage du voyageur.

De l'autre rive, j'appelle. Une barque vient me chercher et, bientôt, les enfants m'entourent avec leurs trouvailles. Sur Éléphantine, mes promenades ont pris leurs habitudes. Il arrive même qu'on m'ait préparé à déjeuner près du temple où je viens dessiner.

Les enfants de l'île

Ils apportent des fragments d'antiquité et des cornalines brutes. J'en achète pour quelques pièces. Les parents m'accueillent à leur tour et les invitations rendent mes visites plus faciles. Je peux parcourir l'île seul, puis retrouver quelqu'un auprès des monuments.

Après les marches de la troupe, cette liberté me plaît. Le paysage change en peu d'espace : des rochers, des cultures, des canaux, des jardins, puis les ruines. Le désert qui borde la vallée reste visible ; les terres irriguées de l'île paraissent d'autant plus vertes.

Les roues élèvent l'eau, les champs et les jardins occupent les alluvions. Je regarde la manière dont cette terre fertile se développe vers le nord, tandis que les rochers protègent l'autre extrémité. On passe d'une partie à l'autre sans perdre le fleuve de vue très longtemps.

Descendre jusqu'à l'eau

Les vestiges me retiennent à plusieurs endroits. Un petit temple conserve une partie de sa galerie et des figures sculptées. Je dessine l'intérieur, un côté extérieur, un pilastre ; les autres pourront être comparés à celui-ci.

Plus loin, des blocs de granit portent encore les signes d'une grande porte. Ailleurs, un fragment d'édifice ouvre sur un passage qui semble avoir conduit vers le Nil. Je m'efforce de rattacher ces éléments, sans pouvoir rendre aux bâtiments leurs parties disparues.

Un escalier de granit descend dans le fleuve. Je pense au nilomètre mentionné par les auteurs et cherche des marques de graduation. Je n'en distingue pas. Une partie de l'escalier est encombrée ; elle cache peut-être ce que je voudrais voir. Je note l'idée sans pouvoir la tenir pour démontrée.

Rester un peu

Les temples posent leurs questions, mais mes promenades ne sont pas entièrement occupées à les résoudre. Je retrouve la barque, les enfants, les gens qui m'invitent. Les jardins et les maisons entrent dans mes souvenirs aussi naturellement que les pierres gravées.

Je n'ai pas besoin ici d'attendre que tout un détachement s'arrête pour regarder. Quand je repars d'un monument, c'est pour en gagner un autre ou traverser un jardin. Ces heures me donnent un plaisir que j'aurai du mal à retrouver dans les visites au galop.

On peut venir sur l'île pour ses antiquités et finir par se souvenir très précisément de la manière dont on y était reçu. Dans mon récit, le déjeuner préparé près du temple gardera sa place.