Meïdoum, la « fausse pyramide »
Une tour à gradins sur une colline de débris : la pyramide que les habitants appellent « la fausse ».

Dans les textes de la Description
Pour qui remonte le Nil, Meïdoum est la dernière pyramide avant le Fayoum, et la plus étrange. « La pyramide la plus méridionale, en venant de Memphis et avant d’arriver au Fayoum, est celle de Meydoun ou Meydouneh, à trente-un mille deux cents mètres au nord-nord-est de Beny-Soueyf : elle se nomme ainsi, du nom d’un village situé sur la lisière du terrain cultivé ; on l’appelle aussi Haram el-Kaddâb, la fausse pyramide, apparemment parce que sa forme est très-différente de celle des autres monumens du même genre. »
Jomard décrit une tour plutôt qu’une pyramide : « elle est composée de deux parties qui ont, l’une et l’autre, la forme de pyramide tronquée, et qui reposent sur un massif très-étendu ; la partie inférieure est beaucoup plus large que celle qui repose au-dessus. » Il doute qu’elle ait jamais eu de pointe, « car ce sommet se serait élevé à une trop grande hauteur ». Mais il voit les traces d’un effondrement : « il est manifeste qu’une partie de la sommité a été renversée, et que les débris recouvrent aujourd’hui la partie inférieure. »
Quant au grand socle, il avance une hypothèse : « Je suis porté à croire que c’est le rocher lui-même qui a été taillé en forme de pyramide obtuse, jusqu’à une certaine hauteur, et dont on a dressé ensuite la plate-forme pour construire par-dessus la pyramide proprement dite. »
C’est ce socle qui fait d’elle un repère dans le paysage : « Cette élévation du massif inférieur fait qu’on aperçoit le monument de très-loin : je l’ai vu pendant la marche d’une journée entière. » La planche gravant la vue prise depuis Reqqah el-Kebyr, port sur le Nil, insiste : « Cette pyramide se voit de fort loin, parce qu’elle est élevée sur un massif considérable qui a lui-même la forme pyramidale. »
Jomard avoue ses limites : « Je n’ai pu prendre les mesures de ce monument ni des pyramides qui suivent. » Il pressent seulement une ville disparue : « Meydoun est d’ailleurs un assez gros village, où l’on croit qu’il y a eu une ville ancienne ; le voisinage de la pyramide confirmerait cette opinion. »
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XVI, sect. VII, § I-II (Jomard) ; T. X, explication des planches de l’Heptanomide.
Deux siècles plus tard
Meïdoum marque l’une des étapes décisives de l’invention de la pyramide. Le monument, commencé vers 2600 av. J.-C., peut-être sous Houni, dernier roi de la IIIe dynastie, a été achevé sous Snefrou, fondateur de la IVe. C’était d’abord une pyramide à sept, puis huit degrés, que l’on a ensuite habillée d’un revêtement lisse pour en faire une vraie pyramide d’environ 92 m de haut. Des visiteurs du Nouvel Empire ont laissé dans le petit temple voisin des graffitis célébrant « le beau temple du roi Snefrou ».
La « tour » que voyait Jomard est le noyau à degrés mis à nu, et le « massif » n’est pas du rocher : c’est l’amas de débris du revêtement et des degrés extérieurs. La date de cet effondrement est discutée. Certains l’imaginent brutal, dès la construction ; la plupart des spécialistes y voient plutôt le résultat d’un long pillage des pierres, à partir du Nouvel Empire et jusqu’au Moyen Âge.
Flinders Petrie fouille le site en 1891 et dégage le temple funéraire, l’un des plus anciens connus. Autour de la pyramide s’étendent des mastabas de la famille royale. C’est là qu’Auguste Mariette a découvert en 1871 les statues peintes du prince Rahôtep et de son épouse Nofret, aux yeux incrustés de quartz, et la fresque des « Oies de Meïdoum », toutes deux au musée du Caire.
L’intérieur se visite : un couloir descendant mène à une chambre au plafond en encorbellement, où subsistent des poutres de bois d’époque. Le site, isolé en bordure du désert, reste peu fréquenté ; la silhouette décrite par Jomard domine toujours la vallée, visible de très loin.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XVI, sect. VII, § I-II (Jomard) ; T. X, explication des planches de l’Heptanomide.
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 72, fig. 3.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.