Khéphren, la pyramide au revêtement

La deuxième pyramide garde encore son revêtement au sommet. Les savants l’observent de près sans pouvoir y entrer.

La deuxième pyramide, vue depuis l’est.
La deuxième pyramide, vue depuis l’est. Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 10. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Jomard reconnaît d’emblée que la seconde pyramide souffre de la comparaison : « on sait que celle-ci est connue sous le nom de CEPHREN, qui est celui du roi auquel Hérodote l’attribue. » On l’aborde par l’est, « en laissant le SPHINX à sa gauche ».

Son socle naturel le frappe : « Le fossé est lui-même un ouvrage remarquable. Il est creusé tout entier dans le roc à la profondeur de 8 à 9 mètres […] La pierre qui est sortie du fossé ne fait pas moins de 134500 mètres cubes, et peut-être plus que le double ; elle a dû servir à la construction de la DEUXIÈME pyramide. »

Surtout, elle garde ce que sa voisine a perdu. « Elle est encore couverte de son revêtement à la partie supérieure. J’ai évalué au quart de la hauteur cette partie revêtue. » Ce revêtement fait d’elle un phare : « ayant encore une portion de son revêtement dont le poli réfléchit l’éclat du soleil et la fait distinguer au loin entre toutes les autres pyramides, elle n’attire cependant pas la même curiosité. Il est d’ailleurs beaucoup plus difficile de la gravir, et sa sommité presque en pointe n’a pas de plate-forme où l’on puisse prendre du repos. »

De là, Jomard déduit l’aspect perdu des deux monuments : « L’aspect et le poli brillant de la portion supérieure font deviner le bel effet que devait produire jadis la pyramide entière et l’ensemble des deux monumens, car il n’y a nul doute que la PREMIÈRE comme la SECONDE ne fût ornée d’un revêtement poli. »

Il monte lui-même vérifier une légende. Les taches vues de loin ont fait croire à du marbre ; « mais les unes ne sont autre chose que des ordures d’oiseaux ; les autres, qui sont rougeâtres, proviennent d’un lichen, comme je m’en suis assuré par moi-même lorsque j’y suis monté à mon second voyage. » En bas, il remarque des blocs de granit taillés en biseau : « je suis très-porté à penser que la SECONDE pyramide a été revêtue de granit, à la partie inférieure seulement ».

Dans le roc qui borde la face ouest, il visite des tombes. L’une a un plafond qui imite des troncs de palmier, « l’écorce même a été représentée par le sculpteur », et il y reconnaît l’habitation de l’époque, « puisque encore aujourd’hui les felláh recouvrent leurs chaumières avec des tronçons de dattiers bruts ».

Description de l’Égypte (1809-1829), T. V, chap. XVIII, sect. III, § III (Jomard).

Deux siècles plus tard

La pyramide est celle de Khéphren (Khâfrerê), fils de Khéops, qui régna vers 2550 av. J.-C. Elle mesurait à l’origine environ 143,5 m de haut pour un côté de 215 m ; elle atteint aujourd’hui 136 m. Bâtie sur un point plus élevé du plateau, elle paraît souvent plus haute que celle de Khéops. Le « fossé » de Jomard est en réalité la terrasse taillée dans le rocher pour aplanir le terrain, qui a fourni une partie des blocs.

Le revêtement sommital de calcaire fin est toujours en place, sur une trentaine d’assises : c’est le seul exemple à Giza qui montre l’aspect lisse d’origine. Jomard avait raison pour le bas : la première assise du revêtement était en granit d’Assouan, et plusieurs blocs subsistent au pied des faces.

L’entrée, dont Jomard ne dit rien, restait cachée. Elle a été retrouvée le 2 mars 1818 par l’aventurier italien Giovanni Battista Belzoni. Il a laissé son nom peint en grandes lettres dans la chambre funéraire, où il ne trouva qu’un sarcophage vide et un graffiti arabe montrant que des visiteurs l’avaient précédé au Moyen Âge. La pyramide a deux entrées au nord, et ses chambres sont en grande partie creusées dans le roc.

L’ensemble funéraire est le mieux conservé de Giza. Le temple bas, en blocs de granit rose, se trouve à côté du Sphinx ; Auguste Mariette l’a dégagé en 1853 et l’on y a découvert en 1860 la célèbre statue de Khéphren protégé par le faucon Horus, aujourd’hui au musée du Caire. Une chaussée montante le relie au temple haut, adossé à la face est.

Les tombes rupestres de la face ouest, dont celle au plafond de palmiers, appartiennent aux familles de hauts dignitaires de la IVe et de la Ve dynastie. Les fouilles de Selim Hassan dans les années 1930 les ont publiées. La pyramide est ouverte à la visite selon un système de rotation avec celle de Khéops, pour limiter l’humidité due à la respiration des visiteurs.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. V, chap. XVIII, sect. III, § III (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 10.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.