Désensabler le Sphinx
Le Sphinx est enfoui jusqu’au cou. Coutelle et ses ouvriers tentent de dégager sa poitrine.

Dans les textes de la Description
Le Sphinx est la visite obligée : « Tous les voyageurs qui visitent les Pyramides vont payer un tribut de curiosité au fameux colosse taillé en forme de sphinx. Il est à environ 600 mètres (1800 pieds) à l’est de la DEUXIÈME pyramide, au milieu d’une plaine recouverte de sables. »
Jomard comprend qu’il ne s’agit pas d’un assemblage : « On l’a certainement pris tout entier dans le roc […] Le SPHINX est comme à l’ordinaire un lion assis, portant la tête humaine, mais d’une proportion gigantesque ; c’est la plus grande des figures d’homme ou d’animal que les Égyptiens aient jamais sculptées. » Le corps « n’a pas moins de 29 mètres de long », et pourtant « une partie de la croupe est-elle cachée sous les sables ».
Il renonce à le décrire : « Il serait inutile ou plutôt presque impossible de décrire par le discours l’aspect du SPHINX des Pyramides ; renvoyer aux planches est le seul moyen d’en donner une idée. » Il préfère une échelle humaine : « Un homme debout sur la saillie du haut de l’oreille aurait de la peine à atteindre le dessus de la tête avec la main étendue. » Les curieux montent par une échelle de 25 pieds jusqu’à un trou sur la tête, « celle d’un puits étroit où les curieux descendent ordinairement, mais il est en grande partie comblé ».
Des couleurs subsistent : « La face du SPHINX a été peinte d’une couleur rouge brun, qui subsiste encore. » Le visage est mutilé, mais Jomard défend le sculpteur : « on remarque un travail ferme et hardi dans l’exécution des yeux et des orbites, surtout dans celle de la bouche et de l’oreille. Cependant, augmenter jusqu’à plus de trente-six fois la grandeur des formes humaines a dû présenter au sculpteur une immense difficulté. »
C’est Coutelle qui fait creuser. Il comprend que le monument a été dégagé de la montagne elle-même : le Sphinx « a été taillé » dans « une des faces de la coupure de la montagne Libyque », et sa hauteur d’environ 15 m est restée « comme témoins et comme mesure de l’enlèvement des pierres » tout autour. Ses hommes s’attaquent au flanc, « en faisant enlever le sable que les vents ont accumulé ». Le chantier sera interrompu, comme les autres, par le départ de l’escorte.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. V, chap. XVIII, sect. III, § V (Jomard) ; T. IX, « Observations sur les pyramides de Gyzeh », § VIII (Coutelle).
Deux siècles plus tard
Le Sphinx mesure environ 73 m de long et 20 m de haut. Il a été sculpté dans un affleurement calcaire laissé en place par les carriers, puis complété par des blocs pour les pattes. La plupart des égyptologues l’attribuent à Khéphren, vers 2550 av. J.-C., en raison de sa position au bord de sa chaussée et à côté de son temple bas. Un temple qui lui est propre, le temple du Sphinx, se trouve devant lui.
Le sable est son ennemi depuis toujours. Vers 1400 av. J.-C., le prince Thoutmosis, futur Thoutmosis IV, le fait dégager ; il raconte sur la « stèle du Rêve », dressée entre les pattes, que le Sphinx lui était apparu en songe pour lui promettre la royauté en échange. Après le déblaiement partiel de Coutelle, l’Italien Giovanni Battista Caviglia dégage la poitrine en 1817 et retrouve cette stèle. Le déblaiement complet n’est réalisé qu’en 1925-1936 par Émile Baraize, puis Selim Hassan.
Le nez manquait déjà bien avant l’Expédition : le dessin du voyageur danois Frederik Norden, en 1737, le montre mutilé, ce qui écarte la légende des boulets français. L’historien égyptien al-Maqrizi attribue la mutilation à un cheikh soufi, Muhammad Sa’im al-Dahr, en 1378. Des traces de burin sont visibles. Des fragments de la barbe, ajoutée plus tard, sont conservés au British Museum et au musée du Caire.
Les traces de couleur rouge observées par Jomard sont confirmées : le visage était peint, comme les statues de l’époque. Le « puits » de la tête est une cavité ancienne, peut-être destinée à fixer une coiffure.
Aujourd’hui, la menace vient surtout de l’érosion du calcaire, de la nappe phréatique et de l’humidité urbaine. Le monument a connu plusieurs campagnes de restauration depuis les années 1980, après la chute d’un bloc de l’épaule en 1988. Un spectacle son et lumière se donne le soir face à lui.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. V, chap. XVIII, sect. III, § V (Jomard) ; T. IX, « Observations sur les pyramides de Gyzeh », § VIII (Coutelle).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 11.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.