Dans les entrailles de Khéops
Couloirs étroits, grande galerie, chambre du roi : les savants explorent l’intérieur de Khéops à la lueur des bougies.

Dans les textes de la Description
Le 8 février 1801, le colonel Coutelle et l’architecte Le Père s’installent au pied des pyramides : « nous allâmes nous établir dans le désert au pied de ces monumens. »
L’entrée est un « canal étroit, incliné » d’à peine plus d’un mètre de côté. Le passage montant reste bouché « par un gros bloc de granit de même dimension que le canal » ; les pilleurs l’ont contourné en creusant la pierre plus tendre à côté. Vient ensuite la Grande Galerie, longue de 40 m et haute de 8, puis la chambre du Roi, « construite en larges blocs de granit, parfaitement dressés et polis », où repose le sarcophage, sans couvercle.
Tout en haut de la galerie, une ouverture intrigue. Il faut des échelles assemblées sur place. « Nous étions à peine entrés dans un canal haut de 731 millimètres et large de 650 millimètres, qu’une nuée de chauve-souris se précipita sur nous pour sortir. Nous fûmes forcés de rester long-temps couchés sur un lit de poussière et d’excrémens de ces animaux, où nous étions étourdis par le sifflement de leurs pattes ailées, et suffoqués par l’odeur piquante qu’ils laissent dans les lieux qu’ils habitent. […] Enfin nous parcourûmes en rampant un espace de 8m5853, et nous arrivâmes dans un vide où aucune lumière n’avait peut-être pénétré depuis bien des siècles. » C’est un vide de décharge, construit « afin d’éviter que la chambre sacrée ne fût brisée par la charge supérieure ».
Reste le puits, ouvert sur le palier. Coutelle y descend au câble avec un compagnon, une lumière, une boussole et un thermomètre. Au bout de la corde, il n’a pas touché le fond : « ayant les pieds faiblement retenus dans de petites cavités irrégulières de 30 ou 40 millimètres, ayant une main embarrassée, une lumière dans ma bouche, enfin étant placé dans un conduit qui approche de la perpendiculaire ». Il continue à mains nues : « si je perdais le point d’appui qui me soutenait, j’étais précipité dans le fond sans aucune ressource pour remonter ». Il reste 14,5 m. Au fond, « déjà ma lumière était pâle, ma respiration plus gênée », et il ruisselle de sueur. Puis la remontée : « lorsque je ressaisis mon câble pour parvenir à l’entrée, dont j’étais encore éloigné de 53 mètres, il me sembla que je marchais sur une pente douce. » Le déblaiement descendra à plus de 16 m sous le niveau du Nil, avant que les opérations militaires n’arrêtent tout.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IX, « Observations sur les pyramides de Gyzeh », § I-III (colonel Coutelle).
Deux siècles plus tard
Le « vide » atteint par Coutelle n’était pas tout à fait inviolé : le consul britannique Nathaniel Davison l’avait découvert en 1765, et il porte depuis son nom. En 1837, le colonel Howard Vyse fait sauter la roche au-dessus à la poudre et trouve quatre autres chambres superposées. Elles forment le système de décharge qui protège la chambre du Roi, exactement comme Coutelle l’avait compris. Sur leurs blocs, Vyse relève des marques d’équipes d’ouvriers peintes en ocre, dont le nom de Khoufou : c’est l’une des preuves directes de l’attribution de la pyramide.
Le puits exploré au câble est un conduit de service. Il relie le bas de la Grande Galerie au couloir descendant, qui mène à une chambre souterraine inachevée creusée dans le roc. On pense qu’il permettait aux ouvriers de sortir après avoir fait glisser les blocs de granit qui bouchaient le couloir ascendant, ceux-là mêmes que Coutelle décrit.
La pyramide continue de livrer des surprises. En 1993, le robot Upuaut de l’ingénieur Rudolf Gantenbrink remonte l’un des conduits étroits de la chambre de la Reine et bute sur une petite porte de pierre munie de deux pièces de cuivre. En 2017, le programme ScanPyramids, fondé sur l’imagerie par muons cosmiques, révèle un grand vide d’au moins 30 m de long au-dessus de la Grande Galerie. En 2023, une caméra endoscopique confirme l’existence d’un couloir de 9 m caché derrière les chevrons de la face nord.
Les visiteurs peuvent toujours entrer, par l’ouverture de pillage attribuée au calife al-Ma’mûn (IXe siècle). Ils empruntent le couloir ascendant et la Grande Galerie jusqu’à la chambre du Roi, où le sarcophage de granit est toujours en place, à l’endroit décrit par Coutelle. La chambre souterraine et le puits ne sont pas ouverts au public. Les chauves-souris ont disparu, mais l’atmosphère reste chaude et humide, comme le notait le thermomètre de 1801.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IX, « Observations sur les pyramides de Gyzeh », § I-III (colonel Coutelle).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 14, fig. 3.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.