Dahchour, les pyramides du sud
Au sud de Saqqara, deux grandes pyramides intriguent les savants, dont l’une change de pente à mi-hauteur.

Dans les textes de la Description
Pour Jomard, Dahchour n’est qu’un « village médiocre qui occupe l’emplacement de l’ancienne Acanthus », ville citée par Diodore et Strabon. Son nom viendrait d’un bois sacré d’acacias épineux, « de l’espèce appelée en arabe sount ». Le temple d’Osiris dont parle Strabon a disparu : « Les sables ont sans doute fait disparaître ce monument, dont je n’ai pu découvrir les vestiges. »
Les pyramides, elles, sont là, et personne ne les regarde. « La célébrité des deux principales pyramides qui sont au nord de Memphis, est sans doute le motif qui a empêché les auteurs anciens de faire attention à celles du midi […] il semble que de tout temps les voyageurs aient dédaigné les monumens du même genre qui s’étendent sur la montagne Libyque, depuis Memphis jusqu’au midi d’Acanthus. Peu d’entre les modernes les ont visitées, et nul ancien ne les décrit. »
La première, « Haram Minyet el-Dahchour », surprend par son matériau : « Elle est en briques crues, et très-dégradée. Les briques sont de limon du Nil, liées par de la paille hachée. » Jomard pense à la Bible : « Sont-ce les briques destinées à ces pyramides, ou celles qui servaient aux enceintes des villes, que les Hébreux furent condamnés à fabriquer, selon le Ve chapitre de l’Exode ? » Une seconde, « aussi en briques crues », est « plus ruinée encore, au point qu’on peut y monter à cheval ».
Puis la grande. « La troisième et principale pyramide de ce canton, Haram el-Dahchour […] est en pierre et bien conservée. […] Ce qui distingue cette pyramide de toutes les autres, est l’état de conservation de son revêtement sur la plus grande partie de chaque face ; la sommité a conservé aussi sa forme en pointe aiguë. » Sa silhouette est unique : « La forme générale du monument présente, sur le profil, deux inclinaisons : la partie inférieure est bâtie sous un angle plus ouvert ; et la partie haute est moins inclinée, tellement que la pyramide supérieure et entière pose sur une pyramide tronquée. »
Y entrer est un exercice d’équilibre : « on y arrive avec peine, à cause de la rapidité de la pente, et parce que la pierre du revêtement est lisse et glissante. » Le couloir descend « au-dessous des fondations : on peut y parvenir aujourd’hui jusqu’à plus de 200 pieds de profondeur ; là, on est arrêté par un encombrement de pierres. » Plus au nord se dresse « Haram el-Kebyreh (la Grande Pyramide) », dont les dimensions « approchent de celles des grandes pyramides de Gyzeh ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. V, chap. XVIII, sect. I, § I, 1° (Jomard) ; T. IV, chap. XVI, sect. VII, § IV (Jomard).
Deux siècles plus tard
Dahchour est le laboratoire des pyramides. Le roi Snefrou, père de Khéops, y fait bâtir vers 2600 av. J.-C. deux pyramides de plus de 100 m. La première est la pyramide « rhomboïdale », la Haram el-Dahchour de Jomard. Sa pente passe de 54° à environ 43° en cours de construction, sans doute parce que la structure donnait des signes de faiblesse. Son revêtement, le mieux conservé d’Égypte, donne une idée exacte de l’aspect d’origine des pyramides.
La seconde est la pyramide « rouge », sans doute la « Haram el-Kebyreh » que Jomard rattache à Saqqara. Avec sa pente constante d’environ 43°, c’est la première véritable pyramide à faces lisses et la troisième plus grande d’Égypte. Snefrou y a probablement été inhumé. Entre Meïdoum et Dahchour, on suit ainsi pas à pas l’invention de la forme qui triomphera à Giza.
Les pyramides de brique crue datent du Moyen Empire, cinq siècles plus tard : celles d’Amenemhat II, de Sésostris III et d’Amenemhat III, dite « pyramide noire ». Leur noyau de briques, une fois le revêtement de calcaire pillé, s’est écroulé en tas informes. En 1894-1895, le Français Jacques de Morgan découvre près d’elles les tombes des princesses royales et les célèbres bijoux de Dahchour, aujourd’hui au musée du Caire.
Zone militaire pendant une grande partie du XXe siècle, Dahchour n’est ouvert aux visiteurs que depuis 1996. La pyramide rouge se visite, et l’intérieur de la pyramide rhomboïdale a été ouvert au public en 2019. Le site, encore peu fréquenté, reste l’un des plus saisissants de la région de Memphis.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. V, chap. XVIII, sect. I, § I, 1° (Jomard) ; T. IV, chap. XVI, sect. VII, § IV (Jomard).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 2, fig. 2.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.