La pyramide à degrés de Djéser

Les savants l’appellent Haram el-Modarrageh, la pyramide à degrés. Ils ignorent encore qu’elle est la plus ancienne.

Panorama de Saqqara, avec la pyramide à degrés à l’arrière-plan.
Panorama de Saqqara, avec la pyramide à degrés à l’arrière-plan. Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 2, fig. 4. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

En 1800, personne ne connaît Djéser. La pyramide qui porte aujourd’hui son nom n’est, pour Jomard, que l’une des « neuf pyramides de Saqqârah ». Il les recense du sud au nord, et sa description tient en un paragraphe sobre.

« Les quatre pyramides au nord et au nord-ouest de Saqqârah sont ainsi distribuées. La première ou la plus méridionale est assez petite, ainsi que la troisième. La seconde est la plus importante ; elle se compose de six corps de maçonnerie qui en font une pyramide à six degrés. La quatrième est fort ruinée. Les Arabes donnent à la seconde le nom de Haram el-Modarrageh, c’est-à-dire pyramide façonnée en gradins : autour sont de nombreuses catacombes. »

Il en prend les mesures : « Sa base, mesurée au nord et au sud, est d’environ 90m,97 ; à l’est et à l’ouest, de 81m,21. Chaque degré a verticalement environ 8m,12 […] La hauteur totale est évaluée à 48m,73. » Il note le matériau et une blessure : « La pierre du revêtement est un calcaire blanc, compacte. Du côté du sud, on remarque une forte lézarde, que les hommes ont agrandie. On a cru y reconnaître que l’intérieur de la construction est en partie formé de gravier. »

Un détail l’intrigue : « Tout le sol des environs a été aplani, et forme autour du monument une place quadrangulaire, inférieure de près de deux mètres au sol de la pyramide. » Sans le savoir, il décrit l’enceinte du complexe funéraire, encore enfouie.

Plus au sud, une autre pyramide à gradins l’amuse : « Les Arabes l’appellent Mastabet el-Fara’oun (siège des Pharaons), prétendant ridiculement que les anciens rois rendaient la justice du haut de ce monument. »

La pyramide à degrés lui sert surtout de repère. Khéops se trouve « à 14324 mètres nord-ouest 1/4 nord » de cette « première pyramide à degrés », le « Puits des oiseaux » s’ouvre à 1 200 m au nord, et c’est par rapport à elle que Jomard place un temple perdu : « Le Serapeum, ou le temple de Sérapis […] Pour le retrouver, il faudrait opérer de grandes fouilles entre Saqqârah et la pyramide à degrés qui est au nord, Haram el-Modarrageh, et creuser les sables assez profondément pour mettre les sphinx à découvert : ceux-ci formaient sans doute une allée, comme à Thèbes, conduisant à la porte du temple ; c’était en ce lieu qu’on procédait à l’inhumation d’Apis. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. V, chap. XVIII, sect. I, § I, 2°, et sect. II, § III (Jomard) ; T. X, explication des planches de Memphis.

Deux siècles plus tard

La « Haram el-Modarrageh » est le plus ancien grand monument de pierre taillée au monde. Elle a été construite vers 2650 av. J.-C. pour le roi Netjerikhet de la IIIe dynastie, connu par des inscriptions plus tardives sous le nom de Djéser. La tradition en attribue la conception à son architecte Imhotep, dont le nom figure sur le socle d’une statue royale trouvée sur place, et qui fut divinisé par la suite.

Le monument est né d’un mastaba carré, agrandi à plusieurs reprises, puis transformé en quatre, et enfin en six degrés superposés. Il mesure environ 121 m sur 109 m à la base et atteignait près de 62 m de haut ; les 48,7 m de Jomard s’expliquent par les décombres qui en masquaient le pied. Sous la pyramide, un puits de 28 m descend vers un caveau de granit et un labyrinthe de galeries, dont certaines étaient tapissées de carreaux de faïence bleue imitant des nattes de roseau. On y a retrouvé des dizaines de milliers de vases de pierre.

La « place quadrangulaire » notée par Jomard est l’enceinte du complexe, longue de 545 m, ceinte d’un mur à redans de 10 m de haut. Elle contient la cour du jubilé royal (heb-sed), des chapelles factices et un « tombeau sud ». L’architecte français Jean-Philippe Lauer a consacré trois quarts de siècle, de 1926 à sa mort en 2001, à fouiller et à restituer ces bâtiments. La pyramide elle-même a été consolidée de 2006 à 2020 et rouverte au public.

Le « Mastabet el-Fara’oun » est le tombeau du roi Chepseskaf, successeur de Mykérinos, à Saqqara-Sud. Quant au Sérapéum, la prédiction de Jomard s’est réalisée presque mot pour mot : en 1850, Auguste Mariette repère la tête d’un sphinx dans le sable, dégage l’allée et découvre les galeries où reposaient les taureaux Apis, au nord-ouest de la pyramide à degrés.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. V, chap. XVIII, sect. I, § I, 2°, et sect. II, § III (Jomard) ; T. X, explication des planches de Memphis.
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 2, fig. 4.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.