Memphis, la capitale effacée

De la capitale des pharaons, il ne reste qu’une palmeraie, des buttes et le poignet d’un colosse.

Poignet d’un colosse à Memphis, dans le paysage de ruines.
Poignet d’un colosse à Memphis, dans le paysage de ruines. Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 4, fig. 1. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Memphis est le grand paradoxe : la ville la plus célèbre des auteurs anciens, et la plus invisible. « On ne voit plus aucun reste de temple ou de palais, aucun monument debout ; c’est sans doute pour ce motif qu’on a long-temps hésité sur l’emplacement de Memphis. » Certains voyageurs la plaçaient à Fostat, d’autres à Giza.

Jomard la trouve en s’enfonçant dans la palmeraie. « Il faut savoir que dans sa partie occidentale la vallée est couverte de bois épais de palmiers ; on doit s’y enfoncer pour découvrir le véritable emplacement. » Il franchit trois « rideaux de palmiers » avant d’atteindre « les ruines de Myt-Rahyneh et des environs, les seules de l’ancienne Memphis qui sont encore bien distinctes ». Sa conclusion : « il est en quelque sorte impossible de voir les restes de Memphis avant d’y toucher. »

Sur place, un chaos de blocs : « Des blocs énormes en grès et en granit sont confusément amassés ; ils sont tout couverts de sculptures hiéroglyphiques. » Puis une découverte : « A la pointe sud-est des ruines, les membres de la commission des sciences ont découvert, à une petite profondeur sous le sol, les restes d’une statue colossale en beau granit. […] le fragment le plus intact est le poignet gauche, entièrement conservé. Ce morceau gigantesque a été emporté au Kaire, et de là à Alexandrie, où il a subi le sort des autres monumens tombés au pouvoir de l’armée britannique. »

Le sol promet davantage : « Le cheykh de Myt-Rahyneh rapporte qu’en fouillant aux environs, à peu de profondeur, on découvre beaucoup de statues. » Jomard voit « sortir de terre la tête d’une autre statue ensevelie » et ramène un fragment de faïence d’un « bleu éclatant ».

Pour peupler ces ruines, il convoque Hérodote : le roi Ménès, fondateur de Memphis, aurait élevé « en l’honneur de Vulcain, un temple remarquable par sa magnificence » ; plus tard, Psammétique fait bâtir au sud du temple une cour « où l’on nourrissait, dit-il, le dieu Apis ; au lieu de colonnes, le péristyle était supporté par des colosses de douze coudées de haut ».

Il conclut en appelant à fouiller : « les monceaux actuels de décombres recèlent encore infailliblement les restes et les fondations des monumens […] L’histoire et les arts ne peuvent que gagner aux fouilles qui seront pratiquées sur le sol de cette seconde Thèbes. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. V, chap. XVIII, sect. II, § II-III (Jomard).

Deux siècles plus tard

Memphis, fondée vers 3000 av. J.-C. à la jonction du Delta et de la vallée, fut la capitale de l’Ancien Empire et resta toute l’Antiquité l’une des principales villes d’Égypte. Son nom ancien, Ineb-hedj, signifie « les Murs blancs ». Le nom de son grand temple de Ptah, Hout-ka-Ptah, a donné par le grec le mot « Égypte ». Le « Vulcain » d’Hérodote, c’est Ptah, dieu créateur et patron des artisans.

La prédiction de Jomard s’est vérifiée. En 1820, l’Italien Caviglia dégage un colosse de calcaire de Ramsès II, long de plus de 10 m, aujourd’hui couché dans le petit musée en plein air de Mit Rahina. Un second colosse de Ramsès, en granit, fut dressé au Caire sur la place de la gare en 1955, puis transféré en 2006 vers le Grand Musée égyptien, dont il accueille les visiteurs. Le site conserve aussi un grand sphinx d’albâtre et les tables d’embaumement des taureaux Apis.

Le poignet de granit découvert par la Commission est bien parti pour Londres : c’est le « poing colossal » conservé au British Museum, attribué à une statue de Ramsès II. Les fouilles de Flinders Petrie (1908-1913), puis de l’Egypt Exploration Society, ont repéré l’enceinte du temple de Ptah et un palais du roi Apriès.

Le taureau Apis, incarnation de Ptah, vivait bien à Memphis, et ses funérailles étaient grandioses. Ses tombes ont été retrouvées en 1850 par Auguste Mariette à Saqqara : c’est le Sérapéum, une galerie souterraine bordée d’immenses sarcophages.

La plus grande partie de la ville reste sous les champs, les villages et la nappe phréatique, qui a monté depuis l’antiquité. Memphis et ses nécropoles, de Giza à Dahchour, sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. V, chap. XVIII, sect. II, § II-III (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 4, fig. 1.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.