À la recherche du Labyrinthe
Hérodote l’a jugé supérieur aux pyramides. En 1800, deux savants partent à la recherche du Labyrinthe.

Dans les textes de la Description
Le Labyrinthe est la merveille d’Hérodote, et le texte le cite longuement : « J’ai vu ce bâtiment, et l’ai trouvé au-dessus de toute expression. […] Le labyrinthe l’emporte même sur les pyramides. Il est composé de douze cours couvertes […] il y en a quinze cents sous terre, quinze cents au-dessus, trois mille en tout. »
Restait à le trouver. « Le 10 nivôse an IX (31 décembre 1800), l’un de nous, accompagné d’un de ses collègues, en mission comme lui dans le Fayoum, se mit à la recherche des ruines. Les habitans et les Arabes, pleins de méfiance et de mauvaise volonté, avaient refusé de donner aux voyageurs aucune information ; ceux-ci furent obligés de se diriger sans guide, et de parcourir le désert presque sans renseignemens et même sans escorte : livrés à eux-mêmes, ils firent assez long-temps de vaines recherches ; enfin ils découvrirent les ruines. »
Le repère est une pyramide de brique. Les deux hommes traversent une immense dépression, puis se dirigent « en traversant des sables mouvans, sur la grande pyramide d’Haouârah, qu’ils avaient en face. Arrivés au sommet du plateau où s’élève cette pyramide, ils virent tout-à-coup les immenses ruines dont il est couvert. »
La vue les saisit : « on ne peut se lasser de contempler les riantes campagnes du Fayoum, arrosées de mille canaux qui y entretiennent une perpétuelle fraîcheur, et dont l’aspect contraste avec les déserts de la Libye. On ne pouvait choisir une position plus heureuse pour élever le labyrinthe. »
Sur le terrain, peu de chose : « On aperçoit partout des amas de ruines en pierres de taille, de matériaux jetés confusément les uns sur les autres et probablement ensevelis sous les sables pour la plus grande partie. » Les pierres intactes trahissent le coupable : le monument « a été détruit par la main des hommes, comme on le sait d’ailleurs par l’histoire. »
La pyramide voisine est de brique crue, longue de 110 m de côté et haute d’environ 60. Le physicien Malus, venu plusieurs fois, dit y être entré : « au fond, il a trouvé une source d’eau très-salée, avec une excavation pratiquée en forme de sarcophage. »
Les auteurs concluent en géographes : il faut chercher des ruines proches du lac, de Crocodilopolis et d’une pyramide, et « on s’arrêtera nécessairement au lieu que nous avons désigné, qui est contigu à la pyramide d’Haouârah ». Une seule question les tourmente : « Plus on relit les relations des historiens sur ce merveilleux édifice, plus on s’étonne qu’il ait laissé si peu de vestiges. »
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XVII, sect. III (Jomard et Caristie).
Deux siècles plus tard
L’identification de Jomard et Caristie est confirmée. La pyramide est celle d’Amenemhat III, roi de la XIIe dynastie (vers 1840-1795 av. J.-C.), qui fit beaucoup pour la mise en valeur du Fayoum. Le « Labyrinthe » est son immense temple funéraire, bâti au sud de la pyramide, avec ses multiples cours et salles qui ont ébloui les visiteurs grecs.
Flinders Petrie fouille Hawara en 1888-1889. Il réussit à pénétrer dans la pyramide par des couloirs inondés et découvre une chambre funéraire taillée d’un seul bloc de quartzite, pesant plus de 100 tonnes, fermée par une dalle de plafond. Il dégage aussi les fondations du temple, qui couvrait une surface de plus de 300 m sur 240 m, mais dont presque rien ne subsistait en élévation.
La destruction remonte surtout à l’époque romaine, quand le monument servit de carrière et ses calcaires de four à chaux. La remarque des savants de 1800 était donc juste : ce sont les hommes, et non le temps, qui l’ont fait disparaître.
Dans le cimetière romain voisin, Petrie fait en 1888 une autre découverte célèbre : des dizaines de « portraits du Fayoum », peints sur bois et posés sur le visage des momies au Ier-IIIe siècles. Ils sont aujourd’hui dispersés entre les grands musées du monde, dont le Louvre et le British Museum.
La pyramide de brique, dépouillée de son revêtement, n’est plus qu’un tertre sombre. La remontée de la nappe phréatique noie aujourd’hui ses chambres intérieures, ce qui rend toute visite impossible. Le champ de débris du Labyrinthe reste visible au sud, traversé par un canal moderne.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XVII, sect. III (Jomard et Caristie).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 72, fig. 1.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.