
Kom Ombo apparaît au couchant ; nous le visiterons dans la nuit. À Edfou, le lendemain, les calèches nous attendent. D’une escale à l’autre, le voyage change de rythme.
Un temple sous la lune
Dans les derniers rayons du soleil, Kom Ombo apparaît sur son tertre, à une cinquantaine de kilomètres au nord d’Assouan. Les bateaux accostent au pied du temple. Après la journée à regarder les berges, je vais enfin marcher dans ce que j’ai vu venir de loin. Il fera nuit pendant la visite.
Les projecteurs accentuent les angles, creusent les ombres. Je lève les yeux et, un instant, le plafond me paraît entier : les étoiles sculptées rejoignent celles du ciel. Je pense à Nout, maîtresse du firmament. Puis la pleine lune monte à l’horizon et défait l’illusion. Le toit est ouvert, les murs sont effondrés par endroits. Je retrouve les ruines, sans perdre tout à fait ce que je viens d’y voir.
Le faucon et le crocodile
Il me faut ensuite comprendre où je vais. Ici, le temple se dédouble : Horus l’Ancien, le dieu faucon, d’un côté ; Sobek, le dieu crocodile, de l’autre. Deux portes dans le pylône, deux axes, deux sanctuaires. À mesure que je repère cette organisation, la promenade nocturne devient plus lisible.
Un gardien vient bavarder et propose une autre façon de visiter. Pour une modique somme, il me conduira dans le « passage secret » entre les sanctuaires. Des dizaines de crocodiles momifiés y dormiraient, visibles à la lumière de sa lampe tempête. L’offre ne m’inspire qu’une confiance limitée. Les momies de la chapelle d’Hathor me suffisent ; je laisse le secret à son gardien.
Il n’y a plus de crocodiles à attendre dans le fleuve à cet endroit : ils ont été refoulés au-delà du barrage, vers le lac Nasser. Les faucons, eux, restent recherchés pour la fauconnerie. En quittant Kom Ombo, je repense à ces deux dieux et au sort très terrestre de leurs animaux.
Aujourd’hui : les crocodiles momifiés de Kom Ombo sont présentés dans un petit musée ouvert au pied du temple.

Edfou, le temple parfait
Au matin, Edfou nous ramène brusquement à l’animation d’une ville. Une nuée de calèches guette les passagers ; les cochers se disputent le mouvement de l’arrivée. Puis vient le temple d’Horus. Après ce ballet désordonné, sa façade impose un arrêt. Le pylône monte à trente-six mètres, et les faucons de granite gardent l’entrée. Je me sens petit avant même d’avoir franchi la porte.
Ce temple dégagé par Auguste Mariette dans les années 1860 avait été envahi par le sable et les maisons. Il est aujourd’hui le mieux conservé d’Égypte. Près de deux siècles, de 237 à 57 avant notre ère, ont été nécessaires à sa construction sous les rois ptolémées. Ces dates prennent un sens quand je regarde la régularité de l’ensemble : à Kom Ombo, la nuit m’aidait à restituer ce qui manquait ; ici, presque tout est encore devant moi.
Vers l’obscurité
Je traverse la cour, puis avance de salle en salle. Les espaces diminuent, les plafonds s’abaissent, la lumière se retire. Jusqu’au naos, le temple me fait suivre un chemin dont je ressens l’effet avant d’en comprendre le détail. Sur les murs, les fêtes attendent encore leurs couleurs et leurs cortèges : Hathor venant de Dendara rejoindre Horus, son époux, le dieu faucon triomphant de Seth. Je suis entré au milieu du tumulte des cochers ; me voici dans l’obscurité, à imaginer le retour d’une procession.

Pour prolonger : Kom Ombo, le temple aux deux chemins · Kom Ombo (Sites archéologiques) · Edfou, dans les pas d’Horus · Edfou (Sites archéologiques) · Horus · Nout · Hathor · Auguste Mariette · Sobek