
Dans les pas de Vivant Denon · 1799. Récit adapté du témoignage du voyageur.
Je vois que nous arriverons tard et que nous repartirons tôt. Je mets mon cheval au galop pour gagner sur la troupe les dernières minutes de lumière. Devant moi, le temple d'Edfou domine la vallée. Pour cette première visite, je resterai en selle.
Avant la nuit
Les portes se succèdent, puis les cours, les galeries, les parties couvertes. J'avance dans un monument dont les masses me paraissent presque trop grandes pour être faites des mêmes pierres que les autres constructions.
Dans le pays, on le connaît comme une forteresse. Sa position élevée et ses grandes portes rendent le nom facile à comprendre. Je voudrais faire le tour de ce qui se présente devant moi, mais le jour disparaît avant que j'y parvienne.
Une partie du village habite à l'intérieur du temple. Des constructions occupent les cours et les toits. Elles attirent d'abord mon regret, tant elles compliquent la lecture de l'édifice ; puis je remarque que leur petitesse en fait mieux sentir les dimensions.
Je pense aussi aux arènes de Nîmes, encombrées elles-mêmes d'habitations. Il serait commode de s'indigner ici en oubliant ce que nous laissons faire chez nous. Pour l'instant, je regarde ce mélange : le grand monument tient encore, la vie du village s'est installée parmi ses murs, et je passe trop vite pour comprendre toute leur disposition.
Une seconde visite
Plus tard, un mouvement de retour me donne l'occasion de revenir à Edfou. Cette fois, je commence par prendre un plan général. Il faut retrouver les relations entre les portes et les cours que j'avais d'abord parcourues dans la hâte.
Je dessine une vue dans un sens, puis dans l'autre. D'une position, le temple domine le pays ; d'une autre, je peux faire comprendre la cour et les galeries. Les feuilles se complètent mieux ainsi qu'en essayant de tout faire entrer dans une seule image.
Tout près du grand monument, un petit édifice est presque enfoui jusqu'au toit. Des colonnes, un angle de mur, les parties encore visibles me permettent d'en suivre certains contours. Je le dessine avec son voisin. Sa présence aide à rendre leur différence d'échelle.
À l'intérieur du grand temple, je copie aussi des signes et quelques chapiteaux. Le séjour ne sera pas très long : Belliard arrive le second jour et nous repartons le lendemain.
Je quitte Edfou avec davantage de dessins que lors de ma première venue. La première fois, la nuit avait arrêté mon tour du temple ; cette fois, j'ai au moins pu en poser les lignes sur un plan. Le cheval peut reprendre la route.