Silsila, le bateau s’est échoué au bon endroit

Une barque est arrêtée près des chapelles rupestres de Silsila, au bord du Nil.
Une halte devant les carrières de Silsila. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Vivant Denon · 1799. Récit adapté du témoignage du voyageur.

Le bateau s'engrave devant les carrières de Silsila. D'habitude, l'arrêt d'une embarcation contrarie le voyage. Cette fois, il me donne ce que je n'ose pas toujours demander : du temps pour descendre à terre.

Les pierres qui manquent

Des deux côtés du Nil, les montagnes ont été largement entamées. Les volumes retirés, les fronts de taille et les déblais font imaginer la durée du travail. Après avoir regardé tant de temples, je me trouve devant l'endroit d'où sont venues une partie de leurs pierres.

Le grès présente un grain égal, de grandes masses dans lesquelles on pouvait tailler des blocs considérables. Les surfaces laissées sur place donnent une idée de ce que les ouvriers ont emporté. Il faut regarder les vides aussi attentivement que les rochers restants.

Le fleuve passe à leurs pieds. Je m'interroge sur le chargement et le transport de ces masses. Le voisinage de l'eau paraît expliquer pourquoi des chantiers éloignés ont pu recevoir les matériaux de ces carrières. Sur le papier, le trajet est simple. À voir la taille des pierres, il est difficile d'oublier le travail qu'il supposait.

Des façades dans la falaise

Les carrières ne se réduisent pas à des traces d'extraction. Des portiques et des chambres ont été taillés dans le rocher, avec leurs encadrements de porte, leurs corniches et leurs figures. Les monuments occupent la matière même qu'on est venu enlever.

À l'intérieur de certaines petites salles, des personnages sont assis. Je remarque les coiffures, les barbes courtes, le bras d'une femme passé sous celui de son voisin. Une main tient une fleur. Les murs montrent des offrandes ; sur les plafonds subsistent des ornements peints.

Je dessine les groupes et les dispositions qui me paraissent les plus intéressants. Je cherche aussi à comprendre qui sont ces personnes, comment on utilisait ces espaces, comment leurs portes pouvaient se fermer. Les ouvertures brisées me privent d'une partie des réponses. Je peux relever ce qui reste ; mes explications seront moins sûres.

Le vent revient

J'ai quitté le bateau pour les grandes carrières et je me suis attardé devant ces petites figures assises. Les deux échelles appartiennent au même arrêt. D'un côté, les masses capables de fournir des édifices ; de l'autre, un bras autour d'un bras, une fleur, des détails que le crayon peut suivre.

Le vent nous rappelle à bord. Il redevient possible de naviguer ; je ne peux plus prolonger la visite. Je reprends mes feuilles et rejoins l'embarcation. Cette fois, son immobilité m'aura rendu service.