Dendérah, je ne sais plus où regarder

Le grand portique d’Hathor apparaît au-delà des décombres et des petites constructions, en 1799.
Le portique de Dendérah au temps de Denon. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Vivant Denon · 1799. Récit adapté du témoignage du voyageur.

J'ai demandé une halte. Desaix n'en a d'abord pas très envie, puis il revient vers moi, gagné lui aussi par la curiosité. Derrière une grande porte encombrée de débris, le temple apparaît. Je voudrais déjà tout emporter sur mon papier.

Sous le portique

Le premier petit édifice aperçu près du chemin m'a déçu. En me tournant vers la droite, je découvre des masses de pierre couvertes de signes, puis l'ordonnance du grand temple. Mes comparaisons habituelles ne m'aident plus beaucoup.

Sous le portique, je reste pris entre l'ensemble et les détails. De loin, les grandes lignes se tiennent sans que rien paraisse les interrompre. De près, les surfaces se couvrent de figures, de textes, de couleurs encore visibles. Je voudrais comprendre comment cette abondance peut rester si calme.

Des soldats arrivent. Sans ordre particulier, des hommes se sont détournés de la route pour voir le monument. La halte que je craignais de ne pas obtenir finit par retenir une bonne partie de la troupe. J'ai gagné quelques heures. Devant tout ce qui m'attend, elles paraissent bien courtes.

Le crayon ne suit pas

Je commence un dessin, puis un autre objet attire mon regard. Une porte, une figure, un plafond : chaque découverte me fait regretter de ne pas être resté davantage devant la précédente. Les murs portent trop de choses pour les quelques mains dont je dispose.

Je vois des images du ciel et des séries de signes que je ne sais pas lire. Je leur cherche un ordre, j'en propose des interprétations ; je ne peux pas les vérifier sur place. Ce que je peux faire, c'est dessiner assez précisément pour emporter de quoi reprendre l'examen.

Même cela me paraît insuffisant. Les dessins sont petits, le temps presse, et ce que j'ai sous les yeux me semble immense. Pourtant, si je renonce parce que je ne peux pas tout prendre, je n'aurai rien à retrouver. Je continue, partagé entre le plaisir de regarder et le regret de ce qui m'échappe.

Belliard est resté

Dans un petit appartement, je découvre encore une composition céleste. Quand les derniers rayons m'avertissent de l'heure, je constate que je suis seul avec le général Belliard. Il a terminé sa visite, mais n'a pas voulu me laisser dans cet endroit désert.

Nous rejoignons la division au galop. Le soir, un officier vient me dire que ce qu'il a vu le dédommage des fatigues de l'expédition. Depuis son arrivée en Égypte, il était malade et découragé ; cette journée lui a rendu de l'entrain.

Je retrouve dans ses paroles quelque chose de mon agitation devant le temple. Lui n'a pas essayé de la faire tenir dans un dessin. Mes feuilles, elles, sont déjà remplies, et je sais combien il manque encore.