
Dans les pas de Jean-François Champollion · 16–17 novembre 1828. Récit adapté de sa correspondance de voyage ; il ne s’agit pas d’une citation.
Le bateau vient d’arriver à Dendérah. Il fait nuit, la lune éclaire les champs et les temples ne seraient qu’à une heure de marche. Nous pourrions attendre le matin. Le temps de souper, et nous voilà pourtant partis, sans guide, en chantant des airs d’opéra.
La ligne droite s’allonge
Nous supposons que les temples sont droit devant nous. Cette supposition nous fait marcher une heure et demie sans rien trouver. Nos grands manteaux blancs à capuchon et nos armes ne nous rendent pas particulièrement rassurants dans la campagne nocturne.
Un homme nous aperçoit et s’enfuit. On le ramène ; je lui impose de nous montrer le chemin. Notre impatience de voyageurs devient pour lui une expédition qu’il n’avait pas choisie. Il nous remet sur la bonne voie, et les monuments finissent par apparaître.
Le grand portail, puis le portique du temple, nous arrêtent. Leur effet sous cette lumière dépasse tout ce que je pourrais faire tenir dans une mesure ou un relevé. Nous avons enfin trouvé Dendérah ; nous n’avons plus envie de retourner au bateau.
Un falot pour les grandes salles
Nous restons deux heures. À l’intérieur, notre pauvre falot accompagne la course d’une salle à l’autre. À l’extérieur, nous essayons de lire les inscriptions à la clarté de la lune. Le désir de reconnaître les signes prolonge encore la visite.
Il est trois heures du matin lorsque nous regagnons notre embarcation. Quatre heures plus tard, nous reprenons le chemin des temples. Cette fois, toute la journée du 17 leur sera consacrée.
Le soleil montre les détails que la nuit laissait à peine distinguer. L’architecture conserve toute sa puissance. Les sculptures, elles, provoquent chez moi un jugement beaucoup plus sévère. Je les compare aux œuvres plus anciennes que je connais ; mon admiration pour l’édifice ne s’étend pas également à sa décoration.
Cléopâtre, puis les empereurs
Les inscriptions donnent un autre travail à mes yeux. Sur le mur extérieur du fond, je reconnais Cléopâtre et son fils Césarion. Ailleurs viennent les noms des empereurs romains. Les différentes parties du temple commencent à se répartir dans le temps à mesure que j’examine leurs légendes.
Je relève aussi les dédicaces : le grand temple est consacré à Hathor. Il faut distinguer cet édifice du temple d’Isis qui se trouve derrière lui. La lecture permet de préciser ce qu’une vue générale, même magnifique, laisserait confondu.
Nous sommes arrivés de nuit avec une seule envie, voir enfin les temples. Au jour, je m’attarde devant leurs noms. Le falot a laissé place au soleil ; les parois offrent maintenant assez de signes pour remplir largement cette seconde visite.