Sobek

Sobek en pied, dieu à tête de crocodile coiffé de deux hautes plumes, tenant le sceptre ouas et la croix ankh
Évocation contemporaine de Sobek, dieu de Shedet et de Kom Ombo ; © C.Rossignol

Sobek est le dieu à tête de crocodile de l’Égypte ancienne. Il incarne la puissance des eaux du Nil et des marais, la fertilité qu’elles apportent et la force redoutable de l’animal qui les habite. Honoré dès les premières dynasties, il connaît son apogée au Moyen Empire, dans le Fayoum, avant de partager avec Haroéris le double temple de Kom Ombo. Les Grecs l’appelaient Souchos.

Le seigneur des eaux

Le crocodile du Nil est un voisin familier et dangereux des riverains. Les Égyptiens ont vu en lui l’image d’une force qu’il fallait apaiser et se concilier. Sobek rassemble ces deux faces : il menace, mais il protège ; il surgit de l’eau, et l’eau est la condition de toute récolte. Sa présence est ainsi liée à la crue et à la fécondité des rives.

Son culte est très ancien. Une empreinte de sceau de l’époque du roi Narmer montre déjà des crocodiles devant un sanctuaire dont la forme deviendra le signe de Shedet, dans le Fayoum. À l’Ancien Empire, Sobek figure dans les Textes des Pyramides, où la déesse Neith est présentée comme sa mère.

Shedet et le Fayoum

Shedet, la Crocodilopolis des Grecs, est le grand centre du culte de Sobek. Au Moyen Empire, les rois de la XIIe dynastie s’installent près du Fayoum et font de son dieu une puissance d’État. Amenemhat III se fait inhumer à Hawara et élève à Médinet Madi un temple consacré à Sobek et à la déesse des récoltes Renenoutet. Le nom même de la reine Sobeknéférou, puis ceux des rois Sobekhotep de la XIIIe dynastie, disent la faveur du dieu.

À cette époque, Sobek de Shedet est uni à Horus, le dieu de la royauté. Le roi, Horus sur terre, s’associe ainsi au dieu crocodile. Bien plus tard, le géographe grec Strabon décrit encore à Crocodilopolis un crocodile sacré, nourri par les prêtres dans un bassin du temple.

Sobek-Rê, le créateur

Dès le début du Moyen Empire, Sobek est aussi associé au soleil sous le nom de Sobek-Rê. Les Textes des Sarcophages le décrivent comme « celui qui se lève à l’est et se couche à l’ouest ». Uni à Rê, le dieu des eaux devient un créateur surgi du Noun, l’océan primordial. On le reconnaît alors au disque solaire et à l’uræus posés sur sa tête.

Kom Ombo et les Sobek locaux

Au sud, le temple ptolémaïque de Kom Ombo réunit deux cultes sous un même toit : la moitié droite appartient à Sobek, accompagné d’Hathor et de Khonsou, la moitié gauche à Haroéris, l’Horus l’Ancien. Des crocodiles momifiés provenant des nécropoles voisines y sont aujourd’hui exposés dans un petit musée.

Sobek n’a jamais été un dieu unique et uniforme. Chaque sanctuaire honorait sa propre forme : Sobek de Shedet, Sobek de Souménou et Sobek de Gebelein au sud de Thèbes, Soknebtynis à Tebtynis, Soknopaios dans le nord du Fayoum. Les recherches récentes publiées par l’IFAO montrent que ces cultes régionaux formaient une géographie religieuse complexe, que les égyptologues reconstituent encore.

Reconnaître Sobek

Sobek apparaît le plus souvent en homme à tête de crocodile, coiffé d’une perruque tripartite. Il porte fréquemment une couronne de deux hautes plumes, avec cornes et disque solaire, et tient le sceptre ouas et la croix ankh. Il peut aussi être figuré en crocodile couché sur un socle, parfois couronné. Comme pour les autres dieux, l’animal ne suffit pas à l’identifier : les inscriptions et le lieu de culte restent décisifs.

Dieu redouté et bienfaisant, Sobek rappelle que le Nil nourrit autant qu’il menace. Sa longue histoire, des premiers rois jusqu’à l’époque romaine, montre aussi comment un dieu local pouvait devenir, selon les siècles, protecteur du roi, créateur solaire ou maître d’un seul sanctuaire.

Sources et repères

À découvrir aussi

Retour à l’index du panthéon