Vers la mer Rouge, apprendre à tenir sur un chameau

Une caravane de dromadaires quitte la vallée pour les pistes pierreuses du désert oriental.
La caravane vers la mer Rouge, 1799. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Vivant Denon · 1799. Récit adapté du témoignage du voyageur.

Au moment de monter, chacun découvre que le chameau se relève par étapes. Les jambes de derrière partent d'abord ; le cavalier bascule en avant, puis en arrière. Nous rions de nos voisins, qui ont exactement les mêmes raisons de rire de nous.

Quitter Qena

Nous sortons de la ville dans la matinée. La caravane transporte les hommes, leurs bagages et leur eau ; d'autres animaux portent ce qu'il faut à l'établissement d'une garnison à Cosséir. Les guides et les hommes des tribus qui nous accompagnent connaissent une route dont nous allons apprendre les points d'eau.

J'avais redouté le balancement de ma monture. Une fois assis, je le supporte mieux que prévu. Il faut se laisser aller à l'allure et garder l'attention pour les moments où l'on veut changer de direction. Le départ avait été plus difficile que la marche.

À Birambar, sur le bord du désert, les chameaux boivent et mangent. Nous repartons vers l'est. La vallée est si large que seules les pointes de rocher, aux extrémités, rappellent les montagnes que nous traversons. Au bivouac, chacun étend son tapis auprès de sa bête. La lune se lève ; bientôt le tambour remet tout le monde debout.

Les puits

À la Kittah, l'eau filtre dans de petits puits creusés à travers le sable et le grès. Cet endroit isolé commande la traversée : on ne choisit pas librement son étape quand il faut remplir les outres.

Plus loin, la roche change. Les montagnes se rapprochent ; leurs couleurs et leurs formes occupent enfin un paysage que j'avais trouvé monotone. Dans les vallons, les voix résonnent. Les soldats, jusque-là silencieux, essaient les échos et se mettent à chanter.

Une source donne une eau excellente, mais trop peu abondante pour notre nombre. À une autre, nous pouvons mieux nous répartir. À El-Adoute, nous renouvelons les provisions. Nous savons que l'eau de Cosséir est rare et mauvaise ; personne n'a intérêt à négliger celle-ci.

Je prends une vue de la halte. Les bêtes, les hommes, les récipients et le départ d'une partie de la caravane donnent au dessin son mouvement. Dans quelques heures, tout le monde aura quitté ces puits.

L'air de la mer

Les montagnes s'abaissent. Une dernière eau abondante ne réjouit que les chameaux : son goût nous la fait laisser. Puis l'air devient plus léger, et je reconnais l'approche de la mer avant de la voir.

Elle apparaît au bout d'un ravin, brisée contre les récifs. Des habitants viennent à notre rencontre ; les troupes s'arrêtent et les premiers échanges ont lieu. J'avais imaginé une ville plus misérable et un fort plus ruiné. Je les trouve presque imposants.

Je regarde maintenant le port et la rade. Depuis Qena, j'ai appris à me tenir sur un chameau et à mesurer une route par l'eau qu'on peut y trouver. Le lendemain, je reviendrai dessiner les récifs d'un autre côté.