Mostafa Amer naît à Ismaïlia en 1896. Il appartient à une génération d’universitaires égyptiens qui cherchent à développer leurs propres institutions scientifiques tout en travaillant avec des réseaux internationaux. Il étudie la géographie à l’université de Liverpool avant de faire carrière en Égypte. Ses premières recherches portent sur la préhistoire et la géographie historique. À Maadi, Héliopolis ou dans le ouadi Degla, l’observation du terrain nourrit son intérêt pour les sociétés anciennes avant les pharaons. Cette formation l’amène à regarder les vestiges comme des traces à décrire et à situer, plutôt que comme des objets prestigieux à retirer de leur contexte.
Amer enseigne et participe à la vie universitaire égyptienne. Il occupe des responsabilités à Alexandrie et au Caire dans les années 1940 et au début des années 1950. Ses fonctions lui donnent une expérience de l’administration, de la formation et de la coopération scientifique. Il dirige aussi la Société archéologique d’Alexandrie. Ces activités peuvent sembler éloignées des grands temples de Nubie ; elles préparent pourtant une question essentielle : qui rassemble les informations, forme les spécialistes et décide de l’avenir du patrimoine conservé sur le territoire égyptien ? Pour Amer, les réponses ne peuvent plus dépendre uniquement des missions étrangères.
En 1948, lors d’une conférence générale de l’UNESCO à Beyrouth, il préside une sous-commission consacrée aux échanges de personnes. Bourses, circulation des chercheurs et coopération entre établissements figurent alors parmi les moyens d’étendre l’accès au savoir. Amer participe également, entre 1949 et 1951, aux échanges d’un groupe d’experts sur la diversité des cultures. Son engagement dans ces travaux donne une dimension internationale à une conviction ancrée en Égypte : le partage du patrimoine doit reconnaître les responsabilités et les compétences des pays où se trouvent les sites. La coopération n’a de sens que si elle renforce aussi leurs institutions.
Après la révolution égyptienne de 1952, l’organisation des antiquités change. Amer prend la tête du Service des antiquités d’Égypte en 1953 et conserve cette responsabilité jusqu’en 1956. Il compte parmi les premiers Égyptiens à diriger une administration longtemps conduite par des Européens. Sa nomination marque plus qu’un changement de nom à la tête d’un service. Elle accompagne la volonté de disposer d’archives, de chercheurs et d’outils techniques sous contrôle égyptien. L’étude des monuments dépend désormais davantage d’une capacité nationale à produire et à conserver la documentation scientifique.

Sous sa direction, la création au Caire du Centre d’étude et de documentation sur l’ancienne Égypte prend forme avec le soutien de l’UNESCO. Amer sollicite cet appui et organise l’accueil institutionnel du centre. Il recommande Christiane Desroches Noblecourt, conservatrice au Louvre, pour la direction scientifique et documentaire. Le centre développe la photographie et la photogrammétrie des monuments. Ces relevés permettent de comparer les états d’un site, de préparer les études et de garder trace de détails qui pourraient être altérés. L’apport d’Amer tient ici à l’architecture d’une institution, moins visible qu’une fouille mais indispensable à la recherche.
La Nubie rend cette capacité de documentation particulièrement urgente. Les aménagements projetés sur le Nil annoncent la disparition sous les eaux de nombreux sites. En 1954, Amer organise avec le ministre Kamal el-Din Hussein une visite de la région pour des égyptologues et des ingénieurs étrangers. Montrer les monuments sur place aide à faire comprendre l’ampleur de la menace. Cette démarche intervient avant la campagne internationale officiellement lancée en 1960. Elle inscrit la sauvegarde dans une préparation égyptienne qui associe alerte, relevés, expertise technique et diplomatie culturelle.
La distinction entre préparation et exécution est importante. Selon les archives présentées par l’UNESCO, Amer ne dirige pas les opérations de la campagne de Nubie de 1960. D’autres responsables, notamment Sarwat Okasha, les administrations égyptiennes et les équipes internationales, conduisent alors les décisions et les travaux. Lui a contribué en amont à rendre possible une action mieux informée et mieux organisée. Lui attribuer la direction du sauvetage effacerait la chronologie et le rôle des personnes qui ont pris le relais. Ne retenir que les années de la campagne ferait, à l’inverse, disparaître le travail institutionnel qui l’a précédée.

En 1961, Amer parle à la radio de l’UNESCO avec d’autres spécialistes. La conversation porte notamment sur le trafic des antiquités, la réglementation des fouilles, les musées et la protection des paysages. Elle montre que son intérêt dépasse la seule Nubie. Préserver un monument ne suffit pas si les objets quittent le pays sans contrôle, si les archives restent dispersées ou si les chercheurs locaux ne disposent pas d’une formation solide. Ses interventions défendent une conception du patrimoine où la science, l’administration et la responsabilité publique se répondent.
Mostafa Amer meurt en 1973. Son nom n’est pas associé à une découverte spectaculaire, mais il aide à comprendre comment l’égyptologie devient aussi une affaire de gouvernance égyptienne. Les relevés du centre documentaire, les coopérations qu’il a favorisées et la visibilité donnée aux sites menacés ont des effets durables. Son parcours invite à raconter la sauvegarde de la Nubie dans son ordre réel : d’abord des alertes et des institutions égyptiennes, puis une campagne internationale menée par de nombreuses équipes. Cette précision rend mieux justice à sa contribution qu’un titre de chef d’opération qu’il n’a pas porté.
Note sur la reconstitution. Ce récit biographique synthétise les sources citées. Les trois dessins sont des reconstitutions artistiques, ni des photographies d’époque ni des portraits documentaires attestant une ressemblance.
