1866–1923 | Mécénat archéologique et recherches avec Howard Carter
Je suis George Herbert, cinquième comte de Carnarvon, né en 1866 en Angleterre. Mon titre et ma fortune m'ont donné des possibilités dont la plupart des chercheurs, et plus encore les travailleurs égyptiens, ne disposaient pas. Après un grave accident de voiture en 1901, j'ai passé des hivers en Égypte. J'y ai développé un intérêt pour les antiquités et les fouilles. On me présente souvent comme celui qui a « trouvé » Toutânkhamon. Mon rôle fut surtout de financer et de soutenir une recherche menée sur le terrain par Howard Carter et une équipe égyptienne. Reconnaître cette différence rend mieux compte de ce que l'argent peut permettre, et de ce qu'il ne fait pas à lui seul.
J'ai commencé des fouilles à Thèbes au milieu des années 1900. Pour diriger le travail de façon suivie, je me suis associé à Carter, qui connaissait déjà les monuments et les méthodes de terrain. Nous avons travaillé sur plusieurs tombes et publié en 1912 un volume sur cinq années d'exploration. Les objets, les plans et les inscriptions issus de ces campagnes intéressaient les chercheurs ; ils alimentaient aussi ma collection personnelle. Le système de partage des trouvailles rendait alors possibles certaines sorties d'Égypte. Cette légalité historique ne clôt pas les questions actuelles de provenance et de place des objets dans le patrimoine égyptien.
Financer une fouille signifiait payer des salaires, du matériel, des photographies et plusieurs saisons dont rien ne garantissait le résultat. Je pouvais interrompre ce soutien, et cette décision pesait sur l'emploi des personnes engagées. Carter apportait une hypothèse et une expérience du terrain ; les ouvriers égyptiens la mettaient à l'épreuve en dégageant les couches et les déblais. Leurs connaissances locales guidaient les gestes quotidiens. Les lettres du mécène occupent beaucoup de place dans les archives, mais elles ne remplacent pas les mains qui travaillaient dans la vallée. La recherche dépendait de ces deux types de ressources, très inégalement reconnus.
La quête de la tombe de Toutânkhamon a duré plusieurs saisons. Le souverain avait laissé des indices dans des objets déjà découverts, mais la Vallée des Rois avait été fouillée de longue date. Notre concession coûtait cher et les résultats tardaient. J'ai envisagé de mettre fin au financement avant d'accepter une nouvelle campagne. Le 4 novembre 1922, Carter et l'équipe égyptienne ont dégagé les premières marches d'un escalier. J'étais en Angleterre. La nouvelle m'a fait revenir en Égypte avec ma fille Evelyn. Le moment de la découverte doit donc être attribué à ceux qui se trouvaient sur le chantier, pas à celui qui recevait un télégramme.
J'ai assisté ensuite aux ouvertures successives de la tombe. L'antichambre contenait tant d'objets que le spectaculaire risquait de faire oublier leur fragilité. J'ai pris des photographies pendant les premières semaines ; Harry Burton et d'autres spécialistes ont ensuite constitué une documentation beaucoup plus ample. Carter avait besoin de temps et d'aide pour inventorier et conserver les pièces. Les autorités égyptiennes avaient aussi leur mot à dire sur le travail et le devenir des objets. L'époque avait changé : l'indépendance de l'Égypte rendait plus visible l'injustice d'une histoire écrite comme si une découverte dans son sol appartenait d'abord à un aristocrate britannique.

Les quatre contremaîtres égyptiens que Carter a remerciés plus tard — Ahmed Gerigar, Gad Hassan, Hussein Abu Awad et Hussein Ahmed Said — rappellent l'organisation réelle du chantier. Beaucoup d'autres travailleurs sont restés anonymes dans les publications et les photographies. Ma fortune finançait leur emploi, mais elle ne peut absorber leur contribution dans la mienne. De même, les images de ma fille Evelyn près de la tombe montrent une présence familiale et publique, non un remplacement des spécialistes. Les rôles doivent être distingués pour comprendre comment une mission fonctionnait, comment les objets furent déplacés et qui prenait les décisions.
Je suis mort au Caire le 5 avril 1923, avant la fin de la fouille. Une piqûre de moustique infectée, suivie de complications médicales, explique ma mort ; la « malédiction des pharaons » appartient à la presse et au mythe. Cette légende a donné à la tombe une célébrité immense, tout en détournant l'attention des travaux de conservation et des questions égyptiennes. Ma collection privée fut ensuite vendue, en grande partie au Metropolitan Museum de New York. Son histoire doit être examinée objet par objet. Elle est distincte des biens de la tombe de Toutânkhamon, qui sont restés en Égypte.
Il est tentant de juger mon apport par l'éclat de la découverte finale. Je préférerais qu'on le mesure à la durée du soutien donné à Carter, aux campagnes précédentes et aux ressources rendues possibles pour documenter des monuments. Il faut en même temps voir les déséquilibres de ce mécénat : l'argent d'un noble britannique pouvait orienter les fouilles d'un pays sous forte influence étrangère. Les chercheurs égyptiens et les responsables du patrimoine n'avaient pas la même voix. Le récit actuel doit leur en donner une place, sans transformer rétrospectivement ma curiosité en un pouvoir de propriété sur l'histoire de l'Égypte.

Ce « je » est une reconstitution fondée sur les sources citées, sans paroles inventées. Les aquarelles évoquent mon portrait, une discussion de chantier et mon retour auprès de la tombe ; elles ne documentent pas une rencontre précise. J'ai contribué à la connaissance de l'Égypte en finançant plusieurs campagnes et en soutenant les recherches de Carter. La marche découverte en novembre 1922 fut dégagée en mon absence par des travailleurs égyptiens. Mon nom figure dans l'histoire de Toutânkhamon, mais cette histoire n'a de sens complet qu'avec les personnes qui ont fouillé, enregistré, conservé et défendu les objets dans leur pays.
Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni la preuve d'une scène précise.
