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Alan Gardiner

Alan Gardiner — Étude de papyrus et de signes, aquarelle de reconstitution
Étude de papyrus et de signes, aquarelle de reconstitution

1879–1963 | Philologie, grammaire et archives égyptiennes

Je suis Alan Henderson Gardiner, né en 1879 à Eltham, près de Londres. À l'école, les langues et l'histoire ancienne m'attiraient déjà. J'ai étudié les classiques, l'hébreu et l'arabe à Oxford, à une époque où l'université n'offrait pas encore de parcours régulier d'égyptologie. J'ai donc construit ma formation auprès d'autres savants et dans les bibliothèques. Ma première visite en Égypte date de 1901. Le terrain a donné une matière concrète aux signes que je connaissais sur papier, mais mon métier principal est demeuré la philologie : comprendre des textes, leurs formes et leurs changements, sans leur prêter les pensées que je souhaitais y trouver.

Au début du siècle, j'ai travaillé à Berlin avec le grand projet de dictionnaire égyptien dirigé par Adolf Erman. Les fiches de mots, les attestations et les variantes occupaient de longues journées. Ce labeur de classement peut sembler éloigné des monuments, mais chaque traduction dépend de la comparaison des usages. Une même graphie peut avoir des valeurs différentes selon le contexte et l'époque. J'ai été sous-rédacteur du dictionnaire entre 1906 et 1908. La tâche reposait sur de nombreux collaborateurs et sur des documents provenant de collections internationales. Les textes, eux, ont été écrits par des scribes égyptiens dans des situations historiques précises.

Mes voyages en Égypte m'ont permis d'étudier des inscriptions de tombes et des papyrus. Avec Norman de Garis Davies, j'ai contribué à la documentation des tombes thébaines. Le relevé d'un signe sur la paroi doit être confronté à la photographie, à la copie et au monument lui-même. Une ligne érodée peut transformer un nom ou un verbe. La méthode exige donc de montrer au lecteur où commence l'incertitude. Les relevés étaient rendus possibles par le travail de guides, d'ouvriers et de responsables égyptiens. Les publications savantes ont longtemps insuffisamment nommé ces partenaires ; reconnaître leur rôle aide à comprendre comment les textes ont effectivement été accessibles.

J'ai porté une attention particulière aux écritures hiératiques des papyrus et des ostraca. Leur cursivité impose d'observer le mouvement du pinceau et la comparaison entre mains de scribes, plutôt que de réduire chaque signe à sa forme monumentale. Les histoires, les lettres, les comptes et les textes religieux ne parlent pas tous d'une même voix. J'ai publié et commenté plusieurs ensembles de ces documents. Les catégories modernes, comme littérature ou administration, peuvent aider à classer les textes ; elles ne doivent pas masquer leur usage ancien. Un mot compris dans une lettre privée peut éclairer un autre passage, sans autoriser une traduction identique partout.

En 1922 et lors des premières saisons suivantes, j'ai participé à l'étude des inscriptions liées aux objets de la tombe de Toutânkhamon. Je n'ai pas découvert le tombeau : Howard Carter dirigeait les fouilles, avec une équipe nombreuse. Mon apport portait sur les textes et leur enregistrement. La richesse des objets attirait naturellement le regard, mais une inscription brève peut identifier un propriétaire, une prière ou une fonction. Les fiches et les notes conservées aujourd'hui permettent de suivre cette étape de la documentation. Leur lecture doit rester liée aux objets égyptiens, au contexte de découverte et aux autres personnes qui ont catalogué, dessiné et photographié la sépulture.

Alan Gardiner — Comparaison des écritures hiératique et hiéroglyphique, aquarelle de reconstitution
Comparaison des écritures hiératique et hiéroglyphique, aquarelle de reconstitution

Mon ouvrage le plus connu, Egyptian Grammar, a paru en 1927. J'y proposais une introduction systématique à la langue du Moyen Empire et une liste ordonnée de signes hiéroglyphiques. Le livre a aidé des générations d'étudiants à apprendre une écriture qui n'est ni un alphabet simple ni une suite d'images à deviner. Une grammaire est pourtant une carte de travail, non la langue entière. Les découvertes, les rééditions et les débats changent les analyses ; mes catégories ont pu être discutées. Le dessin des signes devait aussi beaucoup au travail graphique de collègues, notamment Norman et Nina de Garis Davies, dont l'apport mérite d'être nommé.

J'ai exercé des responsabilités au sein de l'Egypt Exploration Society et participé à la vie de sa revue. Ces institutions faisaient circuler manuscrits, photographies et discussions entre chercheurs. Elles reflétaient aussi des rapports inégaux entre l'Europe et l'Égypte. Étudier les textes anciens exige aujourd'hui de voir où se trouvent les objets, qui en assure la conservation et comment les savants égyptiens ont contribué à leur compréhension. J'ai poursuivi des projets étendus, notamment sur les noms de choses dans l'Égypte ancienne et sur le papyrus Wilbour. Ces ouvrages demandaient la coopération de spécialistes tels Battiscombe Gunn et Raymond Faulkner, au-delà de ma signature sur la couverture.

J'ai également réfléchi aux premières écritures alphabétiques du Sinaï et à leurs liens avec les hiéroglyphes. Là encore, une proposition historique doit être distinguée des preuves disponibles : les inscriptions sont fragmentaires et leur datation comme leur lecture ont suscité des débats. Ma carrière s'est achevée en 1963, après de nombreuses éditions de textes et une histoire générale de l'Égypte pharaonique. Mes carnets, fiches et correspondances sont conservés à Oxford. Ils montrent la construction progressive de mes interprétations, leurs corrections et les échanges qu'elles ont exigés. La meilleure façon de me lire consiste à confronter les éditions aux documents et aux recherches plus récentes.

Alan Gardiner — Documentation collective d'objets et d'inscriptions, aquarelle de reconstitution
Documentation collective d'objets et d'inscriptions, aquarelle de reconstitution

Ce récit en « je » est une reconstitution fondée sur les sources indiquées, sans citation personnelle inventée. Les trois aquarelles illustrent des gestes de recherche ; elles ne représentent ni un portrait certifié ni des documents de fouille. Mon apport ne tient pas à une découverte spectaculaire, mais à une méthode patiente pour lire et enseigner les écrits égyptiens. Les textes appartiennent d'abord à celles et ceux qui les ont composés, copiés et utilisés dans l'Antiquité. Notre devoir de lecteurs modernes est de rendre nos arguments contrôlables, d'admettre les passages incertains et de reconnaître toutes les personnes qui ont participé à la conservation de ces traces.

Récit reconstitué à la première personne. Les aquarelles sont des créations contemporaines centrées sur le travail philologique, non des portraits documentaires ni des fac-similés anciens.

Sources principales