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Pierre Montet

Pierre Montet — Travail collectif à Tanis, aquarelle de reconstitution
Travail collectif à Tanis, aquarelle de reconstitution

1885–1966 | Byblos, Tanis et la nécropole royale du Delta

Je suis Pierre Montet, né en 1885. Après des études de lettres à Lyon, je me suis orienté vers l'égyptologie auprès de Victor Loret. L'Institut français d'archéologie orientale m'a accueilli au Caire en 1910. Mes premiers travaux de terrain, notamment à Abou Roach, m'ont appris qu'une fouille ne se réduit pas au moment où paraît un objet. Il faut distinguer les couches, dessiner les structures, garder trace de la position des fragments et publier les observations. La guerre interrompit ce premier parcours. Elle rappela aussi que les projets savants dépendent de circonstances politiques et humaines bien plus vastes que la volonté d'un chercheur.

Après 1919, j'ai enseigné à Strasbourg et dirigé des fouilles à Byblos, sur la côte levantine. Ce site m'a conduit à étudier les échanges entre l'Égypte et ses voisins. Les objets égyptiens trouvés hors de la vallée du Nil ne doivent pas être traités comme de simples curiosités exportées. Leur contexte éclaire des routes, des contacts diplomatiques, des usages locaux et des réemplois. La présence de spécialistes et d'ouvriers du pays faisait partie du travail quotidien, même lorsque les publications françaises donnaient surtout la parole au directeur. L'expérience de Byblos a aiguisé mon attention aux lieux de découverte et aux histoires qui relient plusieurs régions.

En 1929, j'ai commencé une longue enquête à Tanis, dans le Delta oriental égyptien. Le site portait des temples, des statues et des blocs réemployés. Il pouvait donner l'impression d'une capitale plus ancienne qu'il ne l'était réellement. Nous avons dégagé l'aire sacrée d'Amon et relevé les vestiges avec des équipes égyptiennes. Les conditions du Delta, avec l'eau, les sols et les réoccupations, compliquaient la lecture des monuments. Chaque bloc inscrit devait être replacé dans une chronologie possible, sans supposer que le lieu où il se trouvait était celui de sa taille première. Les objets remployés sont des indices, pas des réponses automatiques.

À l'approche de la Seconde Guerre mondiale, notre mission a mis au jour à Tanis une nécropole royale. Les tombes des XXIe et XXIIe dynasties et leurs mobiliers ont révélé une richesse longtemps mal connue du public. Les noms de Psousennès, d'Aménémopé et d'autres souverains ont alors pris une présence nouvelle. La découverte s'est poursuivie dans des circonstances difficiles, avec l'interruption des campagnes et l'incertitude de la guerre. Les trouvailles furent le résultat du travail collectif des fouilleurs, techniciens et responsables égyptiens autant que de la direction scientifique. Le récit héroïque d'un seul homme devant une porte ouverte ne rendrait pas justice à cette réalité.

L'or et l'argent des sépultures ont frappé les visiteurs. Pourtant, leur valeur historique dépasse leur éclat. Un cercueil, une inscription et la disposition d'une chambre donnent des informations sur les pratiques funéraires, les filiations et les choix politiques de la Troisième Période intermédiaire. Il fallait enregistrer les ensembles avant toute séparation des objets. Les publications de la nécropole royale ont cherché à fournir plans, descriptions et dessins pour que l'interprétation puisse être discutée. Les inventaires et les archives photographiques sont essentiels lorsque les objets sont étudiés loin de leur emplacement originel. Ils ne remplacent jamais le contexte archéologique dont ils doivent garder la mémoire.

Pierre Montet — Documentation d'une sépulture royale, aquarelle de reconstitution
Documentation d'une sépulture royale, aquarelle de reconstitution

J'ai longtemps rapproché Tanis de Pi-Ramsès et de l'ancienne capitale des Hyksôs. Les recherches ultérieures ont modifié cette lecture : les monuments ramessides furent en partie transportés vers Tanis depuis la région de Qantir, tandis que Tell el-Dab'a est reconnu comme Avaris. Labib Habachi, égyptologue égyptien, a joué un rôle déterminant dans l'identification de ce dernier site. Je dois présenter ma proposition ancienne comme une hypothèse corrigée, non comme un fait maintenu par prestige. L'archéologie progresse lorsque les terrains, les textes et les méthodes apportent des preuves nouvelles. Le réemploi des pierres avait rendu l'erreur compréhensible, mais la correction reste nécessaire.

Après la guerre, j'ai repris les recherches et publié sur Tanis. La durée du chantier a produit une masse de dossiers qui dépassait la seule nécropole. Les cartes, blocs et stratigraphies forment une histoire urbaine du Delta, encore réexaminée aujourd'hui. Les travaux interrompus en 1956 ont été poursuivis par une autre mission à partir de 1965. Ses études, conduites avec les autorités égyptiennes, ont approfondi la topographie du site et la protection des tombes. Certaines méthodes employées à mon époque et les conséquences matérielles de nos dégagements doivent être évaluées avec les connaissances actuelles. Un chantier n'est jamais figé au moment où son directeur s'en va.

Les objets de la nécropole sont conservés en Égypte. Leur présentation publique et leur conservation sont désormais inséparables du travail des musées et des archéologues égyptiens. Les archives déposées en France conservent pour leur part des traces des campagnes, qu'il faut relier aux monuments restés sur place. Je suis mort en 1966, après plusieurs décennies consacrées aux fouilles et à l'enseignement. Mon nom est attaché à une découverte majeure, mais ma contribution la plus durable est aussi une documentation qui permet à d'autres de poser de meilleures questions. Elle doit être lue avec ses erreurs, ses silences et les contributions des équipes que nos livres ont parfois trop peu nommées.

Pierre Montet — Étude des plans et des objets de Tanis, aquarelle de reconstitution
Étude des plans et des objets de Tanis, aquarelle de reconstitution

Ce récit à la première personne est une reconstitution appuyée sur les sources indiquées, sans phrase privée attribuée au chercheur. Les aquarelles représentent des situations possibles de travail ; elles ne sont ni des photographies, ni des portraits certains, ni des images des objets exacts découverts en 1939. Elles privilégient la fouille, le relevé et la comparaison des plans. Découvrir une tombe n'en donne pas la propriété intellectuelle exclusive : les anciens Égyptiens l'ont construite, des équipes modernes l'ont dégagée et la recherche continue de l'interpréter. Tanis demeure un lieu d'étude vivant, et les travaux nouveaux peuvent encore rectifier les conclusions que j'avais tirées de ses monuments.

Récit reconstitué à la première personne. Les aquarelles sont des créations contemporaines centrées sur les travaux de Montet et de ses équipes, non des documents d'époque.

Sources principales