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Sélim Hassan

Sélim Hassan — Direction égyptienne d'un chantier à Gizeh, aquarelle de reconstitution
Direction égyptienne d'un chantier à Gizeh, aquarelle de reconstitution

Égyptologue égyptien | Fouilles de Gizeh et diffusion du savoir en arabe

Je suis Sélim Hassan, égyptologue égyptien formé au début du XXe siècle. Ma date de naissance varie selon les notices biographiques ; mieux vaut signaler cette divergence que prétendre la résoudre sans document sûr. J'ai grandi à une époque où l'étude de l'Égypte ancienne était fortement dominée par des institutions européennes, alors que les monuments et les archives appartenaient à l'histoire de mon pays. Ma formation a commencé dans l'enseignement égyptien avant des études spécialisées en Europe. Elle m'a donné les outils de la philologie et de l'archéologie, mais aussi la conviction que les Égyptiens devaient diriger leurs recherches et pouvoir lire cette histoire dans leur propre langue.

J'ai travaillé au Musée égyptien du Caire, puis poursuivi des études à Paris et à Vienne. Ces déplacements ne furent pas un départ hors de l'Égypte : je voulais revenir avec des méthodes utiles aux sites que je connaissais. À l'université du Caire, j'ai enseigné l'égyptologie et participé à la formation de chercheurs égyptiens. La salle de cours, les collections et le chantier ont nourri la même réflexion. Un objet n'est pas seulement beau ; il vient d'un lieu, d'une période et d'un ensemble qu'il faut documenter. Lorsque les responsabilités de terrain ont été confiées à des Égyptiens, l'histoire institutionnelle de la discipline a commencé à changer.

À partir de 1929, j'ai dirigé pour l'université égyptienne des fouilles dans la nécropole de Gizeh. Les grandes pyramides dominaient le paysage, mais nos enquêtes portaient aussi sur les tombes de particuliers, leurs inscriptions, leurs reliefs et leurs rapports avec les monuments royaux. Les équipes égyptiennes ont dégagé, mesuré, dessiné et enregistré de vastes secteurs. Leurs observations ont permis de restituer une organisation complexe des cimetières. Je ne pourrais revendiquer seul la découverte de chaque tombe : des ouvriers, dessinateurs, inspecteurs et spécialistes ont produit ensemble cette documentation. Un rapport exact doit reconnaître leurs compétences et montrer les limites des interprétations tirées du terrain.

Le Sphinx et son environnement ont également retenu mon attention. Dégager le monument n'était qu'une partie du problème : il fallait comprendre l'architecture voisine, les couches accumulées et les interventions successives. Les images d'un Sphinx isolé dans le sable ont souvent fait oublier ce contexte. Mes publications ont cherché à l'inscrire dans une histoire de recherches et de transformations. La conservation exige davantage qu'une excavation spectaculaire. Elle demande d'enregistrer avant de déplacer, de surveiller l'état des pierres et de laisser aux générations suivantes des plans et photographies qu'elles puissent contrôler. De nouvelles méthodes peuvent corriger les hypothèses que nous formulions alors.

Les volumes d'Excavations at Giza ont présenté une partie considérable de nos résultats. Publier des plans, des objets et des textes donne une seconde vie scientifique au travail de terrain ; cela ne recrée pourtant pas ce qui a été détruit par la fouille. Chaque choix de classement ou de dessin peut influer sur une lecture future. Je souhaitais que les documents restent consultables pour que d'autres chercheurs puissent vérifier les datations et les identifications. Le site de Gizeh a été étudié aussi par des équipes étrangères. Une histoire juste compare les archives de toutes ces missions, tout en rappelant la place centrale des chercheurs et des institutions égyptiennes dans l'étude de leur patrimoine.

Sélim Hassan — Relevés collectifs d'une nécropole, aquarelle de reconstitution
Relevés collectifs d'une nécropole, aquarelle de reconstitution

Mes responsabilités se sont étendues à l'administration des antiquités et à d'autres sites, notamment Saqqara. Elles m'ont placé devant des décisions pratiques : protéger un monument, répartir des moyens, organiser un chantier et publier ses résultats. Aucune de ces tâches ne se résume à une découverte personnelle. Elles supposent des collègues capables de lire les textes, de gérer les objets et d'assurer la sécurité des lieux. Les rapports institutionnels de mon époque étaient parfois tendus ; ils reflétaient aussi les changements politiques du pays. La reconnaissance d'une égyptologie égyptienne ne consiste pas seulement à remplacer des noms sur une couverture : elle implique l'accès à la formation, aux archives et aux décisions.

J'ai consacré une grande part de ma vie à une encyclopédie de l'Égypte ancienne publiée en arabe. Cette entreprise répondait à un besoin simple : que les lecteurs égyptiens puissent étudier une histoire longtemps racontée surtout dans des langues européennes. L'ouvrage ne remplace pas les sources anciennes, mais il rassemble des connaissances et les rend disponibles à un vaste public. J'ai également écrit sur la littérature, l'histoire et les monuments. Les synthèses vieillissent à mesure que de nouvelles fouilles paraissent ; leur valeur réside dans les questions qu'elles ont rendues accessibles et dans la possibilité donnée aux étudiants de poursuivre le travail avec leurs propres outils critiques.

Dans les années 1950, j'ai participé à l'évaluation des monuments de Nubie menacés par les transformations du Nil liées au haut barrage. La question dépassait l'inventaire des pierres : elle concernait des paysages, des communautés et une responsabilité de conservation. Les campagnes internationales qui ont suivi ne doivent pas effacer les premiers travaux égyptiens ni les décisions prises sur place. À la fin de ma carrière, je pouvais mesurer les progrès accomplis et ce qu'il restait à faire. Les monuments avaient été bâtis par les anciens Égyptiens ; les habitants et chercheurs de l'Égypte moderne devaient prendre part à leur étude, à leur protection et à la façon de raconter cette histoire.

Sélim Hassan — Écriture et diffusion d'une histoire de l'Égypte, aquarelle de reconstitution
Écriture et diffusion d'une histoire de l'Égypte, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est une reconstitution fondée sur les sources indiquées, non une citation de mes écrits. Les aquarelles montrent des travaux de fouille et de publication ; elles ne prétendent pas fixer mon apparence exacte ni reproduire un chantier photographié. Mon héritage se trouve dans les secteurs documentés à Gizeh, dans la formation et dans les livres mis à la disposition des lecteurs arabophones. Il appartient désormais aux chercheurs de revoir nos plans, de compléter les noms manquants des équipes et de discuter nos conclusions. Une histoire de l'égyptologie qui m'isolerait de mes collaborateurs ou de la société égyptienne reproduirait précisément l'effacement que j'ai cherché à combattre.

Récit reconstitué à la première personne. Les aquarelles sont des évocations contemporaines centrées sur les fouilles et les livres, sans prétention de portrait exact.

Sources principales