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Howard Carter

Howard Carter — Howard Carter dans la Vallée des Rois, aquarelle de reconstitution
Howard Carter dans la Vallée des Rois, aquarelle de reconstitution

1874–1939 | Fouille et documentation de la tombe de Toutânkhamon

Je suis Howard Carter, né en Angleterre en 1874. J'ai d'abord appris à dessiner avec mon père, artiste animalier, avant de partir jeune en Égypte pour copier les peintures des tombes. Le dessin était une école de patience : il obligeait à regarder une ligne effacée, un pigment abîmé, la place d'une figure dans une paroi. Je suis devenu inspecteur des antiquités, puis j'ai poursuivi des fouilles à Thèbes. Mon nom reste lié à la tombe de Toutânkhamon, mais les années de travail précédentes expliquent ma façon de la chercher et de l'enregistrer. Elles ne justifient pas que le récit de la découverte me présente comme seul acteur.

Dans la Vallée des Rois, plusieurs indices rappelaient qu'un souverain nommé Toutânkhamon avait été enterré quelque part. Des objets liés à ses funérailles avaient été trouvés avant notre campagne. Lord Carnarvon a financé les recherches que j'ai dirigées pendant plusieurs saisons, avec des résultats d'abord décevants. Le terrain était déjà parcouru par d'autres équipes et recouvert de déblais anciens. Chercher une tombe demandait de revenir sur des zones jugées épuisées et de suivre patiemment les niveaux. Les ouvriers égyptiens dégageaient les surfaces, déplaçaient les matériaux et reconnaissaient les changements dans la roche. Leur savoir pratique était décisif.

Le 4 novembre 1922, notre équipe a mis au jour le haut d'un escalier taillé dans le rocher, sous les traces d'anciens abris d'ouvriers. Cette découverte n'a pas été faite en un instant de magie. Nous avons nettoyé, vérifié les sceaux et pris des précautions avant l'ouverture. Carnarvon est revenu d'Angleterre pour assister à la suite des opérations. La tombe avait connu de petites intrusions antiques, mais elle conservait un ensemble exceptionnel. Les premières images de l'antichambre ont nourri une fascination mondiale. Pour l'archéologue, elles annonçaient aussi des années de travail lent dans des pièces très encombrées.

Les objets étaient plus de cinq mille : meubles, coffres, textiles, chars, statues et pièces fragiles. Il fallait leur donner un numéro, noter leur emplacement, les photographier, parfois les consolider avant de les déplacer. Le Metropolitan Museum of Art a prêté des collègues, dont le photographe Harry Burton et le conservateur Arthur Mace. Les clichés de Burton sont devenus une source irremplaçable parce qu'ils montrent les ensembles avant leur démontage. Mes fiches et journaux conservés à Oxford permettent de suivre les décisions successives. Aucun de ces documents ne transforme cependant la tombe en propriété de la mission britannique : elle appartient à l'histoire de l'Égypte.

La main-d'œuvre égyptienne était nombreuse et indispensable. Dans mon livre, j'ai nommé quatre contremaîtres : Ahmed Gerigar, Gad Hassan, Hussein Abu Awad et Hussein Ahmed Said. Beaucoup d'autres ouvriers et enfants employés sur le chantier ne sont pas identifiés dans les photographies publiées à l'époque. Cette inégalité de reconnaissance fait partie de l'histoire de la fouille. Les recherches actuelles tentent de retrouver leurs noms et leurs parcours. Une image où je figure au premier plan peut sembler dire que j'ai porté seul un objet ; les collègues hors cadre ont souvent préparé, sécurisé et exécuté le geste qui a rendu la prise de vue possible.

Howard Carter — L'équipe égyptienne examine les premières marches, aquarelle de reconstitution
L'équipe égyptienne examine les premières marches, aquarelle de reconstitution

La presse voulait des révélations rapides, mais chaque chambre soulevait des problèmes de conservation. Les matières organiques avaient vieilli, les objets étaient serrés les uns contre les autres et le démontage d'un ensemble pouvait faire perdre son organisation. Nous avons commis des choix que les conservateurs d'aujourd'hui discutent, notamment dans le traitement de certains matériaux et du corps royal. La dignité du défunt doit compter autant que l'information scientifique. Le faste de l'or ne doit pas masquer les textiles, les aliments, les gestes rituels et les artisans égyptiens qui avaient fabriqué cet équipement trois millénaires plus tôt.

La mort de Carnarvon en 1923 a nourri la légende d'une malédiction. Cette histoire a attiré des lecteurs, mais n'explique ni la fouille ni les décès ordinaires d'une époque. Les tensions entre ma mission, la presse et les autorités égyptiennes ont également marqué les années suivantes. L'indépendance égyptienne rendait plus visible la question de savoir qui décidait du sort des objets et de l'accès au site. Les richesses de la tombe sont restées en Égypte. Leurs archives de découverte, elles, sont dispersées entre institutions et doivent être ouvertes à une recherche qui intègre pleinement les spécialistes égyptiens.

Je suis mort en 1939. La tombe a transformé l'égyptologie publique : des millions de personnes ont découvert le nom de Toutânkhamon. Son intérêt scientifique vient surtout d'un ensemble funéraire exceptionnellement conservé et largement documenté, qui permet d'étudier les objets dans leurs relations. Les carnets et les images doivent continuer à être relus ; beaucoup de questions de provenance, de restauration et d'interprétation ne sont pas closes. Le récit qui me fait seul héros est facile à retenir mais insuffisant. Il faut y replacer Carnarvon, les spécialistes prêtés par le Metropolitan Museum et, en première ligne du terrain, les travailleurs égyptiens.

Howard Carter — Enregistrement et conservation des objets, aquarelle de reconstitution
Enregistrement et conservation des objets, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est une reconstitution fondée sur les sources citées, sans citation inventée. Les aquarelles évoquent mon portrait, les premières marches et le travail documentaire ; elles ne sont pas des documents d'époque. J'ai conduit la recherche et l'enregistrement d'une tombe majeure, mais je n'ai ni déblayé seul l'escalier ni préservé seul ses objets. Les noms des quatre contremaîtres rappellent une part seulement de l'équipe. L'héritage le plus utile de cette fouille est la possibilité de revenir aux traces matérielles, aux fiches et aux photographies pour raconter une histoire plus complète que celle d'une porte ouverte sur l'or.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni la preuve de la présence de chacun au moment représenté.

Sources principales