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George Andrew Reisner

George Andrew Reisner — George Andrew Reisner à Gizeh, aquarelle de reconstitution
George Andrew Reisner à Gizeh, aquarelle de reconstitution

1867–1942 | Documentation des fouilles de Gizeh et de Nubie

Je suis George Andrew Reisner, né en 1867 à Indianapolis. Mes études m'ont mené des langues anciennes à l'archéologie de terrain. Après un travail au Caire sur les catalogues du musée égyptien, j'ai dirigé des fouilles financées d'abord par Phoebe Apperson Hearst. À Naga ed-Deir et sur d'autres sites, j'ai appris qu'un objet isolé ne raconte qu'une partie de son histoire. Le plan d'une tombe, la profondeur d'une couche et la place d'un fragment doivent être consignés. Cette discipline documentaire a fait ma réputation, mais elle dépendait du travail de photographes, de dessinateurs, de contremaîtres et d'ouvriers que les titres des livres ne mettaient pas également en lumière.

Au début du XXe siècle, une concession de fouilles sur le plateau de Gizeh a donné à mon équipe un champ d'étude immense. Les cimetières autour des pyramides étaient faits de nombreuses tombes de dignitaires, pas seulement de trois monuments célèbres. J'ai établi un camp de longue durée et construit un système d'enregistrement : journaux de fouille, plans, numéros d'objets, photographies sur plaques de verre et registres. Un vase sans lieu précis de découverte perd de la valeur pour l'histoire. L'abondance des archives que l'on consulte aujourd'hui vient de cette conviction, mais aussi du travail quotidien de personnes dont il faut retrouver les noms.

Les équipes égyptiennes, notamment des spécialistes venus de Qift, formaient l'ossature des chantiers. Sa'id Ahmad et d'autres responsables guidaient les fouilles et formaient des travailleurs expérimentés. Les photographes égyptiens ont produit une part essentielle des images conservées. Leurs compétences ne se résumaient pas à obéir à un plan conçu ailleurs : elles influaient sur l'observation, la sécurité et le rythme du travail. Mes archives conservent des traces de leur activité, même si les institutions américaines recevaient plus souvent le crédit public. Raconter Gizeh avec précision signifie lire ces journaux comme les documents d'une équipe, et non comme une autobiographie du directeur.

Le financement de Hearst ayant pris fin, j'ai organisé la mission commune de Harvard et du Museum of Fine Arts de Boston. J'ai été professeur et conservateur, tout en poursuivant les fouilles en Égypte et au Soudan. Ces liens donnaient aux collections américaines un accès considérable aux objets issus des campagnes. Les règles de partage de l'époque le permettaient parfois, mais l'existence d'une autorisation ne supprime pas les questions de provenance et de patrimoine. Les sites et les objets avaient une histoire égyptienne ou soudanaise avant d'entrer dans les musées. Le soin porté aux registres doit aujourd'hui servir aussi à reconstituer ces trajectoires.

En 1925, un épisode de Gizeh a montré clairement les limites d'un récit centré sur moi. Le photographe égyptien Mohammedani Ibrahim remarqua, en installant son appareil, l'ouverture d'un puits jusqu'alors dissimulé. Il menait vers le dépôt funéraire attribué à la reine Hétéphérès, mère de Khéops. J'étais alors aux États-Unis. Le contremaître égyptien Sa'id Ahmad et l'équipe prirent des décisions prudentes pour protéger la découverte en attendant la suite de l'enquête. Je suis revenu ensuite travailler sur le contexte et les objets. Dire que j'ai personnellement découvert le puits effacerait ceux qui l'ont réellement identifié et préservé.

George Andrew Reisner — Relevés et photographie avec l'équipe égyptienne, aquarelle de reconstitution
Relevés et photographie avec l'équipe égyptienne, aquarelle de reconstitution

L'étude du dépôt d'Hétéphérès fut longue. Le bois de certains meubles avait disparu, laissant des éléments dont la position devait être relevée avant toute intervention. La reconstruction des formes demandait de croiser photographies, mesures et fragments. J'ai proposé une interprétation de l'histoire de cette sépulture, mais des chercheurs l'ont ensuite discutée. L'archéologie ne transforme pas une hypothèse en certitude parce qu'elle est publiée par le directeur d'une grande mission. Ce qui demeure utile est la documentation assez détaillée pour permettre de revenir aux faits observés, et de distinguer ces faits des récits que nous en avons tirés.

J'ai également travaillé sur des sites de Nubie et sur les rapports entre l'Égypte et les cultures de la vallée du Nil au sud. Mes interprétations portaient les catégories raciales et les hiérarchies de mon époque. Elles ont été contestées et dépassées par des travaux qui accordent leur histoire propre aux royaumes nubiens. Les relevés et les objets peuvent rester précieux alors même que les théories employées pour les classer doivent être rejetées. Les archéologues actuels ont besoin de regarder les deux aspects ensemble : conserver les données utiles, vérifier leur contexte et critiquer les présupposés de celui qui les a rassemblées.

Je suis mort à Gizeh en 1942, après avoir passé de longues années sur le plateau. Les milliers de photographies, de plans et de pages de journal issus de mes campagnes sont encore consultés. Leur numérisation rend possible une lecture nouvelle des monuments, des objets et des personnes au travail. Une photographie peut révéler un détail de terrain oublié dans le rapport imprimé, ou montrer un collaborateur que la légende ne nommait pas. Les archives ne sont donc pas seulement un monument à mon activité ; elles offrent aux chercheurs égyptiens et à tous les autres les moyens de contrôler, compléter et parfois corriger mes conclusions.

George Andrew Reisner — Mohammedani Ibrahim et l'équipe découvrent le puits d'Hétéphérès ; Reisner est absent, aquarelle de reconstitution
Mohammedani Ibrahim et l'équipe découvrent le puits d'Hétéphérès ; Reisner est absent, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est une reconstitution fondée sur les sources citées, sans citation inventée. Les aquarelles évoquent mon portrait et la méthode de fouille, puis la découverte du puits d'Hétéphérès en mon absence ; elles ne sont pas des documents d'époque. Mon apport à l'égyptologie fut de développer un enregistrement systématique sur de grands chantiers et de publier les cimetières de Gizeh. Il ne saurait être séparé du travail de Sa'id Ahmad, de Mohammedani Ibrahim et des autres membres égyptiens de la mission. Leur place dans l'histoire de la découverte est un fait, pas une note ajoutée après coup.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines et non des documents d'époque ; aucune scène n'est attestée dans tous ses détails.

Sources principales