
En quelques mots
Héliopolis, l’Iounou des anciens Égyptiens, a donné son nom arabe, Aïn Chams, « l’œil du soleil », à un quartier du Caire. La ville antique est aujourd’hui enfouie sous les quartiers d’Aïn Chams, de Matariya et de Tell el-Hisn. Son grand temple était consacré au dieu solaire, et Rê-Atoum y était associé à l’une des théories égyptiennes de la création. Le sanctuaire a reçu l’attention des rois pendant plus de deux mille quatre cents ans, de l’époque pharaonique jusqu’aux périodes ptolémaïque et romaine.
Ce que l’on découvre
Le premier repère est l’obélisque de Sésostris Ier, roi de la XIIe dynastie, resté debout au milieu d’un musée de plein air. Haut de 20,41 mètres, il fut érigé pour la fête-sed du souverain, probablement avec un second obélisque et en même temps qu’un temple de Rê-Horakhty. Autour, le paysage est celui d’une ville dense : maisons récentes et fouilles ouvertes de la mission égypto-allemande, qui travaille au milieu d’habitations construites de plus en plus sur l’emprise même du temple. De la ville antique et de ses sanctuaires, il reste peu d’éléments en place.
Ce qu’il faut regarder
Le détail le plus parlant tient au niveau du sol. Le terrain actuel dépasse d’environ 3,3 mètres la base conservée de l’obélisque : le monument semble posé au fond d’un creux, parce que les dépôts du Nil et les couches laissées par l’occupation humaine ont exhaussé tout le secteur. Cette différence de niveau résume la difficulté du site, où les vestiges anciens sont enfouis sous des mètres de sédiments et sous une nappe phréatique élevée.
Il faut aussi prêter attention à la couleur de la pierre. Parmi les blocs mis au jour figurent des éléments en quartzite, extrait au Gebel el-Ahmar, à environ 8,4 kilomètres au sud-est. Cette roche, dont les teintes vont du doré au rouge et au brun, rappelle les couleurs du ciel au lever du soleil ; c’est ce qui explique son association avec le culte solaire.
Son histoire
Héliopolis fut l’un des grands foyers religieux de l’Égypte, mais son histoire matérielle est surtout celle d’un démontage. Pendant environ mille ans, le temple servit de carrière au Caire voisin, et dès les époques ptolémaïque et romaine des monuments furent transportés à Alexandrie et à Rome. Une colonne de Mérenptah, retrouvée démontée, est aujourd’hui exposée au Grand Musée égyptien. Depuis 2012, la mission égypto-allemande a notamment retrouvé des sphinx d’Amenemhat III et des éléments datés du Moyen Empire à l’époque ptolémaïque, dont une partie doit être présentée dans des musées locaux.
Beaucoup reste incertain. L’emplacement exact du temple solaire n’est pas démontré : la position de l’obélisque à l’intérieur de la grande enceinte de briques crues le suggère, sans le prouver. La date de cette enceinte fait débat, des premières dynasties jusqu’à la XXXe dynastie. Même le dieu d’origine est discuté : durant l’Ancien Empire, le site paraît davantage lié à Atoum et à l’Ennéade qu’à Rê, dont le lien explicite avec Héliopolis n’apparaît qu’au tournant des Ve et VIe dynasties.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Ayn Shams City, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Massimiliano Nuzzolo et Jaromír Krejčí, « Heliopolis and the Solar Cult in the Third Millennium BC », Ägypten und Levante 27, 2017 ; Heliopolis, Institut archéologique allemand (DAI).