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Harry Burton

Harry Burton — La caméra de Harry Burton et son travail de terrain, aquarelle de reconstitution
La caméra de Harry Burton et son travail de terrain, aquarelle de reconstitution

1879–1940 | Photographie archéologique et tombe de Toutânkhamon

Je suis Harry Burton, né en 1879 dans le Lincolnshire. On connaît mes photographies de la tombe de Toutânkhamon plus facilement que mon visage. C'est pourquoi la première aquarelle de cette fiche met mon appareil au centre, sans prétendre inventer un portrait fidèle. J'ai appris à regarder les œuvres en Italie, où je photographiais des peintures, avant de travailler en Égypte. L'appareil ne se contentait pas d'illustrer les fouilles : il enregistrait la place des objets, les effets de la lumière et les détails qu'un dessin ou une description pouvait manquer. Une photographie peut pourtant sélectionner et mettre en scène ; elle doit être lue comme une source construite.

J'ai rencontré Theodore Davis, dont les recherches se concentraient dans la Vallée des Rois, et j'ai travaillé pour lui comme photographe puis dans la direction de certaines fouilles. En 1914, le Metropolitan Museum of Art m'a engagé pour sa mission égyptienne. À Thèbes, j'ai photographié l'architecture, les peintures murales et les reliefs, ainsi que la progression des chantiers. Cela demandait de transporter un matériel fragile dans la poussière et la chaleur. Les plaques de verre devaient être préparées, exposées et développées avec précision. Des assistants égyptiens participaient au transport, à l'éclairage et à la sécurité du travail ; leur rôle disparaît facilement quand seule ma signature accompagne l'image.

La bonne lumière n'était pas toujours celle qui rendait une scène spectaculaire. Pour comparer deux reliefs, il fallait une vue suffisamment stable et claire ; pour comprendre une tombe, il fallait montrer les objets avant qu'ils soient déplacés. J'ai aussi appris à utiliser une caméra de cinéma au début des années 1920, produisant des séquences de la vie de la vallée et des opérations de terrain. Ces films montrent des gestes et des personnes que les albums de photographies fixes laissent parfois en marge. Ils ne sont pas des fenêtres neutres sur le passé : cadrage, durée et choix du sujet appartiennent au photographe et à l'institution qui l'emploie.

Lorsque l'équipe de Howard Carter a découvert la tombe de Toutânkhamon en 1922, le Metropolitan Museum a mis plusieurs membres de son personnel à sa disposition. J'ai rejoint cette entreprise pour constituer un dossier photographique. Les quatre chambres étaient encombrées de meubles, de coffres, de statues et de petits objets. Un cliché pris avant déplacement pouvait préserver la relation entre des pièces qui seraient ensuite séparées pour être étudiées et conservées. Les images de l'antichambre ont rendu visible l'ampleur de cette tâche. Elles montrent aussi l'ordre d'un instant : après une intervention, la situation matérielle avait déjà changé.

Il fallait préparer chaque prise de vue. Dans une chambre étroite, l'appareil et son trépied occupaient de la place ; l'éclairage devait révéler les détails sans endommager les matériaux. Des collaborateurs soutenaient un objet, déplaçaient une caisse ou attendaient la fin d'une exposition longue. Certaines photographies qui paraissent spontanées montrent en réalité un travail interrompu pour la pose. Les équipes égyptiennes étaient essentielles à ces opérations, même quand elles n'étaient pas nommées dans les légendes. Leurs mains apparaissent parfois au bord du cadre. Les chercheurs actuels utilisent ces traces pour reconstruire une histoire de la fouille plus complète.

Harry Burton — Documentation photographique des objets en place, aquarelle de reconstitution
Documentation photographique des objets en place, aquarelle de reconstitution

Mes plaques de verre ont enregistré les objets de Toutânkhamon pendant de nombreuses années. Le public a surtout retenu les images d'or, mais je photographiais aussi des textiles, des offrandes, des traces de gestes funéraires et les travailleurs contemporains. Ces sujets modestes éclairent l'Égypte ancienne autrement que les seuls emblèmes royaux. Une image d'un panier ou d'une corde peut aider à comprendre l'usage d'un objet. Une image d'un contremaître peut aider à reconnaître l'expertise moderne qui a permis de le conserver. Les deux histoires, antique et contemporaine, sont présentes dans l'archive photographique.

Après les campagnes les plus célèbres, j'ai continué à photographier les monuments de Thèbes pour la mission du Metropolitan Museum et pour la recherche. L'ensemble de mon travail dépasse de beaucoup la tombe de Toutânkhamon. Les négatifs et tirages conservés permettent de comparer l'état d'un relief avant des restaurations, ou la disposition d'un site avant de nouvelles fouilles. Mais certaines images révèlent aussi les limites de notre époque : nous avons parfois privilégié l'objet esthétique, laissé des collaborateurs sans identité et présenté des paysages comme s'ils étaient vides d'habitants. Il faut analyser la légende autant que le cliché lui-même.

Je suis mort en Égypte en 1940. Mes photographies ont survécu à leurs sujets immédiats : les objets ont été déplacés, certaines surfaces se sont altérées et les méthodes de conservation ont changé. Une plaque bien datée peut donc apporter une preuve irremplaçable. Encore faut-il savoir où et comment elle fut prise, et rapprocher l'image des carnets de Carter et des registres du musée. Les archives numérisées rendent ce travail plus accessible. Elles offrent aussi l'occasion de rechercher les noms des assistants, photographes et ouvriers égyptiens que les catalogues anciens ont trop rarement enregistrés.

Harry Burton — Photographie d'un relief thébain avec l'équipe, aquarelle de reconstitution
Photographie d'un relief thébain avec l'équipe, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est un récit reconstitué à partir des sources citées, sans citation inventée. Les aquarelles mettent en avant la caméra et la documentation, car elles ne reposent pas sur un portrait facial assuré ; elles ne sont pas des photographies historiques. Mon apport à l'égyptologie fut de faire de l'image un instrument précis de terrain et de laisser un vaste témoignage sur la tombe de Toutânkhamon et d'autres sites thébains. Une photographie ne parle pourtant pas seule. Elle gagne sa valeur quand on la relie au contexte archéologique, aux décisions de conservation et aux personnes, souvent égyptiennes, qui ont rendu la prise de vue possible.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Sans référence de portrait facial suffisamment sûre pour les aquarelles, celles-ci mettent l'appareil et le travail au premier plan. Elles ne sont pas des documents d'époque.

Sources principales