Edfou, le temple parfait

Le temple le plus complet de l’Égypte : Edfou, modèle d’harmonie pour les savants.

Vue générale d’Edfou et de son temple.
Vue générale d’Edfou et de son temple. Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 48. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Jomard pose d’emblée son jugement : le temple d’Edfoû, « que l’on peut comparer, pour la conception du plan, pour la majesté de l’ordonnance, pour l’exécution et la richesse des ornemens, à ce qu’il y a de plus magnifique en architecture ».

Le village vit de la poterie, et Jomard y voit une continuité : « Une industrie héréditaire a conservé chez ces pauvres gens les pratiques anciennes du pays et la tradition des belles formes de l’antiquité. » Il croise aussi les Ababdés, nomades aux cheveux longs : « J’en ai vu arriver à ce village de grandes troupes, voyageant sur le Nil, à cheval sur des faisceaux de joncs et de roseaux ou sur des troncs de dattier, et portant leurs habits et leurs armes sur la tête : ce qui prouve […] que le danger des crocodiles n’est pas tel qu’on le pense communément ; car les crocodiles abondent à Edfoû. »

Le temple se voit de loin. « Le grand temple domine au loin le village et tout le pays : c’est pour cela que les habitans l’appellent Qala’h, c’est-à-dire la citadelle. » Jomard l’a aperçu depuis les ruines d’el-Kab, à plus de deux lieues. Et le village est monté dessus : « une grande partie du village est bâtie sur la terrasse même du monument ». Le contraste est tel qu’il trouble le voyageur : « quand il voit les misérables fellâh qui les habitent, aller et venir d’une masure à l’autre, et qu’il aperçoit les ruelles tracées sur la plate-forme, il ne sait plus que penser d’un tel contraste ».

Pourtant, sous les maisons et les décombres, le temple est presque intact. Les deux édifices d’Edfou sont « si bien conservés, qu’on en donnerait une idée fausse en leur appliquant le nom de ruines ; car il suffirait d’en ôter les décombres qui les embarrassent, pour voir paraître des monumens presque intacts ». C’est ici qu’on comprend l’architecture égyptienne : le grand temple « est encore le plus complet et le mieux conservé de tous », et l’on y saisit « l’harmonie et la régularité des plans ».

Un détail l’intrigue : Hérodote ne dit rien d’Edfou. Jomard s’en explique : l’historien grec, malgré ce qu’il affirme, « ne parait avoir connu que Thèbes » dans toute la Thébaïde.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. I, chap. V, « Description des antiquités d’Edfoû » (Jomard).

Deux siècles plus tard

Le temple d’Horus d’Edfou est le temple égyptien le mieux conservé. Il a été construit entre 237 et 57 av. J.-C., de Ptolémée III à Ptolémée XII, ce qui explique qu’Hérodote, venu deux siècles plus tôt, n’ait pu le voir. Son pylône atteint 36 m de haut ; ses murs sont couverts de textes qui détaillent le culte, les fêtes, et même les mesures du temple et son histoire.

Ils racontent aussi le mythe du combat d’Horus contre Seth, joué lors des fêtes, et la « Belle Réunion », quand la statue d’Hathor venait chaque année de Dendara par le fleuve rejoindre celle d’Horus. Le « petit temple » voisin est le mammisi, la chapelle où l’on célébrait la naissance divine de l’enfant d’Horus et d’Hathor.

Auguste Mariette a fait déblayer le temple dans les années 1860 et déplacer le village qui l’occupait. Depuis, l’égyptologue Émile Chassinat puis l’Institut français d’archéologie orientale et l’université de Hambourg ont publié l’intégralité de ses inscriptions, l’une des plus grandes bibliothèques de pierre de l’Égypte ancienne. Edfou est une étape majeure des croisières entre Louxor et Assouan.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. I, chap. V, « Description des antiquités d’Edfoû » (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 48.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.