Esna-Nord, le zodiaque disparu

Un petit temple au nord d’Esna et son zodiaque, aujourd’hui entièrement disparus.

Zodiaque du temple au nord d’Esna.
Zodiaque du temple au nord d’Esna. Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 87. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

La découverte se fait à l’écart de la ville. « À trois quarts de lieue au nord d’Esné, et à deux mille cinq cents mètres environ du fleuve, nous avons trouvé les restes d’un temple égyptien. » Il est plus petit que celui de la ville, et abîmé de fraîche date.

Les habitants d’Esna racontent pourquoi. Le temple a souffert des « fouilles multipliées faites dans ses fondations par les ordres d’Ismây’l-bey, qui avait conçu l’espoir d’y trouver des trésors ». Avant lui, disent-ils, « le temple était presque entier », et ses couleurs encore vives.

Les ingénieurs y voient un sanctuaire isolé, « un lieu de dévotion, que quelque circonstance religieuse aura consacré, où peut-être il se rendait des oracles ». Ils jugent la construction hâtive : « l’appareil des pierres est on ne peut plus irrégulier », et les murs se sont fendus. « Dans l’intérieur du portique, une colonne s’est enfoncée verticalement de près d’un mètre. Les pierres du plafond ont encore trouvé un aplomb suffisant, et restent ainsi suspendues. »

Et pourtant, ce plafond porte un trésor : un zodiaque. Le portique « renferme huit colonnes », et entre les architraves, les soffites sont sculptés. « La moitié des signes se trouve à gauche en entrant : ce sont, dans l’ordre suivant, les poissons, le belier, le taureau, les gémeaux, le cancer et le lion. L’autre moitié des signes est à droite ; mais on n’en voit plus qu’une partie, parce que l’affaissement d’une colonne de la façade a entraîné la chute de la moitié du soffite. »

Ils remarquent un détail subtil : sur les deux côtés, les figures marchent en sens inverse, si bien qu’elles « paraissent entrer dans le temple, en sorte que les figures des deux tableaux sont opposées tête à tête ». Ils dessinent tout avec minutie : pour eux, comme à Dendara, ce ciel sculpté pouvait dater le monument et révéler l’ancienneté de l’astronomie égyptienne.

Le temple est déjà « accessible de tous côtés, par des ouvertures nouvellement faites et par des brèches multipliées ».

Description de l’Égypte (1809-1829), T. I, chap. VII, « Temple au nord d’Esné » ; T. III, appendice II, § II, « Zodiaque du temple au nord d’Esné » (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

Le temple d’Esna-Nord, au lieu-dit Kom ed-Deir, était un sanctuaire d’époque ptolémaïque lié au culte de Khnoum et de sa parèdre Menhyt. Il n’existe plus : il a été démoli en 1843 pour fournir des pierres à des travaux d’aménagement, alors que l’administration de Méhemet Ali multipliait les chantiers.

Son zodiaque n’est donc connu que par les planches de la Description de l’Égypte. C’est l’un des rares zodiaques égyptiens, tous tardifs, avec ceux de Dendara, du grand temple d’Esna et de quelques tombes et cercueils d’époque romaine. Comme pour Dendara, l’âge très reculé que lui prêtaient les savants de 1799 a été abandonné : il appartient au dernier millénaire de l’histoire égyptienne.

Les égyptologues ont réexaminé au XXe siècle les planches de la Description, ainsi que des fragments de textes conservés, pour reconstituer le programme du temple. Ce récit illustre la valeur documentaire de l’Expédition : sans ses dessinateurs, ce ciel sculpté aurait disparu sans trace.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. I, chap. VII, « Temple au nord d’Esné » ; T. III, appendice II, § II, « Zodiaque du temple au nord d’Esné » (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 87.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.