Gebel el-Silsila, d’où viennent les temples
Les carrières de grès du Gebel el-Silsila, d’où sont sortis les plus grands temples de la vallée.

Dans les textes de la Description
Pour l’ingénieur des mines Rozière, les temples ont une origine précise. Ils sont tirés « presque en totalité des montagnes qui s’étendent depuis Syène, en descendant vers le nord, jusqu’à une journée de marche avant d’arriver à l’ancienne Latopolis ». Et la plus importante de ces carrières est là où le Nil se resserre : « les montagnes opposées s’y rapprochent tellement, qu’elles laissent à peine au fleuve l’intervalle nécessaire pour continuer son cours. » Le lieu s’appelle Gebel Selseleh, « qui signifie montagne de la chaîne ».
Le nom a sa légende. « La tradition veut qu’effectivement le Nil autrefois ait été barré ici par une chaîne de fer, dont les extrémités étaient fixées aux points les plus saillans des deux montagnes opposées. » Certains voyageurs ont cru retrouver les points d’attache ; Rozière, lui, préfère y voir une métaphore : le défilé a toujours servi de frontière entre les provinces.
Il démystifie ensuite les matériaux des temples. Les voyageurs, « consultant moins leurs yeux que leur imagination », y voyaient du granit, du porphyre, du marbre. La vérité est plus modeste : du grès, que les Égyptiens ont choisi « le plus près du fleuve qu’il leur était possible », pour éviter de longs transports.
Les carrières elles-mêmes l’impressionnent. « Les carrières les plus considérables sont à ciel découvert, offrant des escarpemens de quinze à seize mètres de hauteur, quelquefois coupés à pic dans toute leur hauteur, quelquefois divisés par grands degrés. Ces parois verticales sont toujours perpendiculaires entre elles, et partout recouvertes des traces de l’outil dont se servaient les Égyptiens. »
Sa conclusion est une leçon de regard. Sans rien savoir de l’Égypte, on n’éprouverait devant ces excavations « qu’un sentiment vague d’étonnement, une froide admiration peut-être pour leur nombre ». Mais après avoir parcouru toute la Thébaïde et ses temples, « rempli de l’intérêt qu’excitent ces anciens travaux, pénétré d’un sentiment de respect pour l’ancien peuple qui les exécuta », on regarde ces parois taillées comme la matrice de tous les monuments vus en remontant le Nil.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. I, chap. IV, sect. II, « Description des carrières de Gebel Selseleh » (Rozière).
Deux siècles plus tard
Gebel el-Silsila, Kheny pour les Égyptiens, a été la principale carrière de grès du pays, exploitée surtout au Nouvel Empire puis aux époques ptolémaïque et romaine. Une grande partie des pierres de Karnak, de Louxor, du Ramesseum, de Médinet Habou, d’Edfou et de Kom Ombo en vient. Rozière avait vu juste : la proximité du fleuve permettait de charger les blocs directement sur les barges.
Le site abrite aussi des sanctuaires : une chapelle rupestre d’Horemheb, des stèles de Séthi Ier, Ramsès II et Merenptah, et des chapelles dédiées au dieu de la crue, Hapy. Les carriers y ont laissé des milliers de marques d’équipe et de graffitis.
Depuis 2012, une mission internationale, le Gebel el-Silsila Project, relevé systématiquement ces marques, découvre des tombes et étudie l’organisation des chantiers, offrant une vision très concrète du travail des ouvriers. Le site est accessible en bateau et fait partie de certaines croisières entre Edfou et Kom Ombo.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. I, chap. IV, sect. II, « Description des carrières de Gebel Selseleh » (Rozière).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 47.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.