Elkab : la nuit où la Commission remonta le Nil

Une nuit sur le Nil, puis les grottes peintes d’Elkab et leurs scènes de la vie des champs.

Entrée de la grotte principale d’Elkab.
Entrée de la grotte principale d’Elkab. Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 67. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

En débarquant à el-Kâb, on croit voir un camp retranché : « le voyageur aperçoit devant lui une vaste enceinte carrée, qui lui paraît être une espèce de retranchement en terre, au milieu duquel s’élèvent les chapiteaux d’un groupe de colonnes ». C’est un mur de briques crues de 640 m de côté, haut de 9 m et épais de plus de 11. Saint-Genis note que le thermomètre posé au sol monte à 50 degrés en septembre : le soleil seul a pu cuire ces briques.

Il y reconnaît la ville antique d’Elethyia, une ville de « 2 560 mètres de circuit », à la taille de « nos villes d’Europe de 10 000 âmes », avec à l’intérieur une seconde enceinte pour les temples. Plus loin dans la plaine, un petit temple isolé, et une énorme masse de pierre que l’on prend d’abord pour une porte colossale : c’est un rocher exploité en carrière.

Puis la découverte, dans la falaise. Des tombes taillées dans le roc, couvertes de scènes peintes de la vie quotidienne. L’effet est immédiat : « À la nouvelle de cette intéressante découverte, qui excita parmi nous un enthousiasme général, la moitié des membres de la commission, qui était descendue dans la plaine d’Elethyia, accourut ; l’autre moitié, qui s’était déjà rendue à Esné ou Latopolis, distante de sept lieues, remonta le Nil pendant la nuit, et se réunit aux grottes. Tous travaillèrent à recueillir le plus grand nombre possible des tableaux qu’elles renfermaient. » Saint-Genis prend des calques « de ceux qui ne pouvaient être dessinés ».

Les habitants ont leurs noms pour ces tombes : la plus belle est la « grotte du sultan », l’autre la « grotte du vizir ».

Costaz décrit les murs comme un livre d’agriculture. « Quatre tableaux représentent les travaux de l’agriculture ; je vais les considérer suivant l’ordre de succession que les travaux ont dans la nature. » Le labour et les semailles, la moisson, la rentrée des récoltes, « la vendange et la fabrication du vin ». Il détaille la houe, la charrue, la faucille. Un berger fuit devant un lion qui attaque une brebis, « saisi d’effroi ». Pour les savants, c’est une révélation : l’Égypte ancienne n’est plus seulement celle des dieux et des rois, mais celle du travail des champs.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. I, chap. VI, « Description des ruines d’el-Kâb ou Elethyia » (Saint-Genis) ; T. VI, « Grottes d’Elethyia » (Costaz).

Deux siècles plus tard

El-Kab, l’ancienne Nekheb, était la ville de Nekhbet, la déesse vautour protectrice de la Haute-Égypte, qui figure avec le cobra de Basse-Égypte sur le front des pharaons. La grande enceinte de briques date de la Basse Époque, sans doute de la XXXe dynastie (IVe siècle av. J.-C.).

Les « grottes » sont les tombes des notables du début de la XVIIIe dynastie (vers 1550-1450 av. J.-C.). La « grotte du sultan » est sans doute celle de Pahéri, maire d’el-Kab et précepteur d’un prince, dont les scènes agricoles comptent parmi les plus célèbres d’Égypte. La tombe voisine d’Ahmosé, fils d’Abana, porte une autobiographie capitale : ce marin y raconte sa participation à la guerre de libération contre les Hyksos, à la prise de leur capitale Avaris, puis aux campagnes en Nubie.

Depuis 1937, une mission belge, la Fondation égyptologique Reine Élisabeth, fouille le site, ses temples et ses nécropoles, dont certaines remontent à la préhistoire. Le « petit temple isolé » est l’un des sanctuaires du désert, notamment celui d’Amenhôtep III. Les tombes rupestres se visitent, sur la route d’Edfou.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. I, chap. VI, « Description des ruines d’el-Kâb ou Elethyia » (Saint-Genis) ; T. VI, « Grottes d’Elethyia » (Costaz).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités I, pl. 67.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.