
Granit, quartzite, grauwacke : pour façonner les pierres les plus dures, les sculpteurs ne disposaient que d’outils de cuivre, de pierre et de sable. Leur savoir-faire tenait dans la méthode et la patience.
Des carrières aux ateliers
Chaque pierre a sa provenance. Le granit rose vient d’Assouan, le grès du Gebel el-Silsileh, le calcaire fin de Toura, près de Memphis, l’albâtre égyptien, une calcite, des carrières de Hatnoub. Les blocs bruts sont dégrossis sur place, puis transportés par le fleuve jusqu’aux chantiers.
Des outils simples, une technique efficace
Le calcaire et le grès se taillent au ciseau de cuivre, plus tard de bronze, frappé au maillet de bois. Pour les pierres dures, le métal ne suffit pas. Les carriers et sculpteurs martèlent la surface avec des boules de dolérite, une roche plus dure que le granit. La scie et le foret de cuivre travaillent avec un abrasif, du sable de quartz, qui use la pierre. Les traces de ce martelage restent visibles autour de l’obélisque inachevé d’Assouan.
Le polissage, dernière étape
La surface est ensuite polie avec des pierres et des abrasifs de plus en plus fins. Dans la tombe du vizir Rekhmirê, à Thèbes, une scène montre des artisans polissant des statues de pierre. Une autre, dessinée par Norman de Garis Davies, représente la fabrication d’une statue de granit ; un peintre y travaille en haut de la composition.
La sculpture et les autres métiers
Les mêmes ateliers associent souvent plusieurs matériaux. La chapelle d’Ipouky et Nebamon montre le sciage d’un tronc d’ébène, le façonnage d’un pilier-djed en bois, la fonte de l’or au feu attisé par des souffleurs, la pesée des bracelets d’or et la finition d’une boîte décorée. Le sculpteur s’inscrit dans une chaîne d’artisans du bois, du métal et de la couleur.
Une statue achevée était presque toujours peinte : yeux, carnations, perruques et bijoux recevaient leurs couleurs. La pierre nue que l’on admire dans les musées n’est souvent qu’un état intermédiaire, parfois voulu pour les pierres précieuses, souvent hérité des pertes.
Pour prolonger : Assouan, carrières de granit et obélisque inachevé · Relief en saillie, relief en creux · Norman de Garis Davies · Les « scribes des contours »
Sources principales
- J.-F. Champollion, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, planches « arts et métiers »
- IFAO, Deir el-Médina : village et nécropole des artisans des tombes royales thébaines
- Metropolitan Museum of Art, « Egyptian Wall Paintings in Gallery 132 », 2020 : méthodes et valeur documentaire des fac-similés
- Norman de Garis Davies, The Tomb of Two Sculptors at Thebes, Metropolitan Museum of Art, 1925 : publication de la tombe de Nebamon et Ipouky (TT 181)