
Des fibres de palmier liées en faisceau, des coquillages servant de godets, des palettes à six couleurs : les outils retrouvés en fouille racontent les gestes des peintres et des scribes.
Pinceaux et brosses
Les pinceaux égyptiens sont faits de fibres végétales : tiges de jonc ou nervures de palmier dont une extrémité est mâchée ou battue pour libérer les fibres. Leur largeur varie selon l’usage. Les grosses brosses couvrent les fonds et les grandes surfaces ; les pinceaux fins servent aux contours et aux détails. Le musée du Caire conserve un paquet de pinceaux et de brosses ficelés ensemble, tel qu’un artisan pouvait le ranger.
La palette du scribe
Le scribe utilise une palette de bois oblongue munie de deux godets, l’un pour l’encre noire, l’autre pour la rouge, et d’une fente où se rangent les pinceaux de jonc. Le noir est une suie liée à une gomme ; le rouge, une terre riche en oxyde de fer. Le rouge sert à distinguer les titres et les débuts de section, d’où le mot « rubrique ». Le calame taillé en roseau n’apparaît que tardivement, à l’époque gréco-romaine.
Les palettes du peintre
D’autres palettes comptent davantage de godets. Le Metropolitan Museum conserve une palette d’ivoire à six cases, inscrite au nom d’Amenhotep III, et une palette au nom de Smendes, grand prêtre d’Amon vers l’an 1000 avant notre ère. Elles contiennent en général du bleu, du vert, du jaune, du rouge, du noir et du blanc, parfois avec une couleur manquante ou doublée. Ces quantités restent faibles : elles conviennent au papyrus, au bois ou aux petits objets plutôt qu’aux murs.
Pour les grands décors, les peintres utilisaient des récipients plus vastes. À Karnak, une palette d’atelier retrouvée dans les temples associe un pilon de basalte, des coquillages servant à délayer les couleurs, des fragments de pigments et des pots de terre cuite.
Mesurer et préparer
L’atelier comprend aussi des outils moins visibles : cordeaux pour battre les lignes, règles, équerres, mortiers et broyeurs pour réduire les pigments en poudre, éclats de calcaire servant de brouillons. Ensemble, ils dessinent le portrait d’un métier fondé sur la préparation, la mesure et la répétition des gestes.
Pour prolonger : Thot, patron des scribes · Amenhotep III · Du mur nu à la paroi d’éternité · Le noir et le blanc
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Metropolitan Museum of Art, collections d’art égyptien
- Metropolitan Museum of Art, Painter’s Palette Inscribed with the Name of Amenhotep III, notice de l’objet 26.7.1294
- Jacques Pelegrin, Guillemette Andreu-Lanoë et Christine Pariselle, « La production des ostraca en calcaire dans la nécropole thébaine. Étude préliminaire », BIFAO 115, p. 325–352, IFAO