Lire une tombe inachevée

Troupeau d’ânes au stade du dessin préparatoire sur une paroi inachevée. Aquarelle créée par IA.
Troupeau d’ânes au stade du dessin préparatoire sur une paroi inachevée. Aquarelle créée par IA.

Une paroi interrompue en plein travail livre ce qu’aucun texte ne décrit : l’ordre des gestes, la répartition des tâches et les corrections apportées par les dessinateurs les plus expérimentés.

Pourquoi tant de décors inachevés ?

Une tombe se prépare souvent du vivant de son propriétaire. La mort du roi ou du dignitaire, un changement de projet ou l’arrêt du financement pouvaient interrompre le chantier. Les décors restaient alors en l’état, parfois à des stades différents d’une salle à l’autre. Pour l’historien de l’art, ces interruptions sont une chance : elles figent le travail en cours.

La tombe d’Horemheb, un atelier figé

Dans la Vallée des Rois, la tombe d’Horemheb, dernier roi de la XVIIIe dynastie, a été dégagée en 1908 par l’équipe d’Edward Ayrton pour le compte de Theodore Davis. Dans la chambre funéraire, le décor du Livre des Portes est inachevé. On y suit le travail pas à pas : lignes de repère et esquisse à l’ocre rouge, corrections à l’encre noire, figures déjà sculptées en relief, autres déjà peintes. Le même mur rassemble ainsi tout le processus.

D’autres décors laissés en cours de travail

Les lignes conservées ne sont pas toujours un quadrillage complet. Des repères horizontaux peuvent suffire, et certaines figures sont dessinées à main levée. Dans les parties inachevées de la tombe de Séthi Ier, les reprises noires sur le dessin rouge permettent notamment de suivre les corrections. Comparer ces états évite de supposer une procédure identique sur toutes les parois.

Ce que l’on apprend

Ces décors montrent d’abord un ordre de travail constant : préparation, tracé, éventuellement sculpture, puis couleur. Ils révèlent ensuite une division des tâches. L’esquisse rouge et la correction noire ne sont pas toujours de la même main ; la seconde témoigne d’un contrôle par un maître. Ils rappellent enfin que les artisans travaillaient parfois en parallèle, une équipe peignant une salle tandis qu’une autre dessinait la suivante.

Lire une paroi inachevée demande donc de distinguer ce qui n’a jamais été fait de ce qui a disparu depuis. Un trait rouge sans couleur raconte un chantier arrêté ; une couleur pâlie raconte, elle, l’histoire de la conservation.

Pour prolonger : Horemheb · La Vallée des Rois · Les tombes des nobles · La grille des proportions

Sources principales

Arts et savoirs