
L’égyptien n’a pas de mot pour désigner « l’art ». Il nomme des métiers : le dessinateur, le sculpteur, le peintre. Derrière les parois des tombes et des temples se tient une organisation précise.
Des titres de métier
Le dessinateur porte le titre de sech qedout, « scribe des contours » ou « scribe des formes ». Il trace les esquisses et maîtrise l’écriture, puisque les hiéroglyphes sont eux-mêmes des images. Le sculpteur est parfois appelé sânkh, « celui qui fait vivre ». Ces titres disent l’essentiel : l’image égyptienne est à la fois écriture et présence.
Les équipes de la Tombe
Les artisans des tombes royales du Nouvel Empire vivaient dans le village de Deir el-Médineh, sur la rive ouest de Thèbes. Ils formaient « l’équipe de la Tombe », divisée en deux moitiés, côté droit et côté gauche, chacune dirigée par un chef d’équipe et suivie par un scribe. Les ostraca retrouvés sur place enregistrent les présences, les livraisons de mèches pour l’éclairage, les rations, et parfois les absences pour maladie ou pour une fête.
Ces mêmes éclats de calcaire montrent aussi des dessins libres : un chat gardant des oies, une musicienne alanguie. Ils témoignent d’une habileté qui dépasse les commandes officielles.
Des artistes qui se font enterrer
Certains artisans ont laissé leur propre tombe. Dans la nécropole thébaine, la chapelle d’Ipouky et Nebamon, deux sculpteurs du règne d’Amenhotep III, montre les ateliers qu’ils supervisaient : sciage de l’ébène, façonnage d’un pilier-djed, pesée de l’or, travail des orfèvres.
Artistes ou artisans ?
L’absence d’un mot pour « art » ne signifie pas l’absence de talent ni de style personnel. Les historiens reconnaissent des mains et des ateliers à des détails de facture. Mais le travail reste collectif et anonyme dans la plupart des cas : la signature d’un peintre sur une paroi est exceptionnelle. Le mérite se dit autrement, par la proximité du roi, par une belle tombe ou par une inscription qui vante la précision d’un maître.
Pour prolonger : La nécropole thébaine · Les tombes des nobles · L’atelier de Thoutmosis à Amarna · Tailler la pierre dure
Sources principales
- IFAO, Deir el-Médina : village et nécropole des artisans des tombes royales thébaines
- Jacques Pelegrin, Guillemette Andreu-Lanoë et Christine Pariselle, « La production des ostraca en calcaire dans la nécropole thébaine. Étude préliminaire », BIFAO 115, p. 325–352, IFAO
- CNRS, « Des secrets des peintres égyptiens révélés par la chimie », communiqué scientifique, juillet 2023
- Norman de Garis Davies, The Tomb of Two Sculptors at Thebes, Metropolitan Museum of Art, 1925 : publication de la tombe de Nebamon et Ipouky (TT 181)